Carnets de la mer d’Okhostsk, de Nadine Ribault

22 Sep

Lu par… Bérénice

Résidence ratée

 

 

 

Nadine Ribault est partie (en résidence ? J’ai oublié) sur le côte nord de l’île d’Hokkaidô, au bord de la mer d’Okhostsk et du lac Saroma. Elle va y passer plusieurs mois (semaines ? Cela m’a paru des années donc mois est probablement la bonne unité de temps).

Ni tout à fait un roman et ni tout à fait un essai, ces carnets ne sont ni tout à fait un succès.

A part parler des fascinantes poteries Jômon, ce qu’elle fait, croyez-moi, ce qu’elle fait en épuisant le sujet, il ne reste pas grand chose à dire de l’hiver sur le bord de cette mer. Voyez plutôt :

« Le lendemain, le ciel était immense et le paysage couvert de neige flamboyait sous le soleil » WOW

« Le lendemain (…) aucun glace en vue sur la mer. » OH NO

« On voyait rarement, là-bas, sur la mer d’Othotsk, de nuages. » GRIS C’EST GRIS

« Ce jour-là, le thermomètre était remonté. » YOUPI

Retrouvez bientôt sur change.org ma pétition : « Pour renommer le dernier Ribault en Bulletin météo de la mer snob du nord du Japon« .

Les nuages bas et le brouillard sont difficiles à distinguer des températures du sol, qui pourraient donc être inexactes.

Vers la beauté, de David Foenkinos

21 Sep

Lu par… Alys

Musée du poids lourd

 

 

 

Antoine est maître de conférence aux Beaux Arts de Lyon. Un jour, on ne sait pas pourquoi, il a décidé de tout quitter pour devenir gardien au Musée D’Orsay. Il est assigné à la salle des Modigliani, et ça loupe pas, on se tape le parallèle avec Jeanne Hébuterne, la fiancée du peintre au destin terrible.

En fait, Antoine a eu un jour comme élève une jeune femme super douée, qui avait eu le malheur de tomber dans son enfance sur un professeur de peinture aux mains (très) baladeuses. Du coup, elle avait beaucoup de mal à s’en remettre, et un jour qu’il lui avait fait une critique sur une de ses toiles, elle a sauté par la fenêtre (comme Jeanne H.). Antoine, traumatisé, s’est barré à Paris sans donner de nouvelles à personne pour devenir gardien de musée.

Attention, spoiler : on apprend à la fin que la pauvre étudiante avait croisé le jour même son bourreau et que du coup c’est pour ça qu’elle s’était suicidée. Donc que ça n’avait rien à voir avec Antoine. Mais c’est pas grave, il n’a pas tout perdu, puisqu’il finit par se taper la DRH du d’Orsay.

Voilà. Rien de plus. C’est nul. A choisir, achetez plutôt une place pour le Musée d’Orsay, ça vous coûtera 3 fois moins cher, et vous aurez au moins le plaisir de voir de la vraie beauté.

Tout est bien qui finit bien.

Réelle, de Guillaume Sire

20 Sep

Lu par… Bérénice

Moustaches cathodiques

 

 

 

 

Johanna Tapiro est beauf. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle espère, peu importe les couches qu’elle ajoute sur elle et autour d’elle, personne, jamais, au sein de la bourgeoisie avec un minimum de capital culturel ne la considèrera autrement qu’avec un immense mépris. Chez elle, les meubles sont massifs et fonctionnels, on y écoute Johnny, les bijoux de sa mère et les siens sont composés d’énormes perles en toc, sa meilleure amie s’appelle Jennifer, elle a des seins avant les autres filles de sa classe. Tout la prédestinait à l’échec. C’est que que lui répète Antoine Dupré, avec ou sans mots, en la violant tous les jours dans la cuisine, ou autre endroit aseptisé de son appartement, l’année de ses quatorze ans.

Jennifer abandonne le lycée en seconde et convainc Johanna de s’inscrire au casting de Graines de Star. Johanna envoie sa photo préférée, celle où elle est avec son père un soir de réveillon et où tout est dit d’elle et de son milieu. Dieu m’a donné la foi ne lui porte pas chance pour l’audition. Arrêt des études, supermarché, McDo, espoir d’une vie meilleure. Et puis, d’un peu nulle part, une société de production l’appelle, et pour Johanna c’est l’espoir de la gloire, de l’argent, et de la célébrité. Elle sera une autre elle-même, loin de sa classe sociale. Alors elle intègre l’équivalent du Loft. Pas besoin de raconter la lente descente aux enfers orchestrée par les puissants de la télévision qui la récupèrent dans mille émissions minables, avanies toujours plus sordides, la sommant de s’oublier elle-même et, pire, de renier d’où elle vient, tout en soulignant précisément ces deux caractéristiques, l’empêchant d’en sortir. Johanna ne peut qu’en crever, ou éventuellement finir en couple avec un motard.

Guillaume Sire souligne avec justesse, et sans mépris, le prolétariat recréé par les clowns de la télévision, cette nouvelle bourgeoisie minable de la dictature de l’argent et de l’audimat. Je regrette toutefois que le propos soit si étiré. Trois cent pages de vie banale et acceptée au forceps, ponctuées de petites et grandes trahisons, donnent malgré tout l’impression de devoir avaler des Danettes au caramel à la chaîne : pour le défi, pourquoi pas, mais personne n’aime vraiment ça. Au surplus, et sans doute est-ce là la faille de la subjectivité du juré, j’éprouve un intérêt avoisinant le néant pour la télévision et, a fortiori, la téléréalité. Je ne peux donc m’empêcher de trouver l’exercice réussi mais assez vain.

A la télé tout est plus gros (sauf les livres)

 

NB :

une demi-moustache est attribuée à la couverture, excellent choix.

 

 

 

 

Lèvres de pierre, de Nancy Huston

19 Sep

Lu par… Bérénice

Les bouddhas n’ont pas assez de moustache au Cambodge le vendredi

 

 

 

 

Vent d’Est, vent d’Ouest

Prek Sbauv, campagne khmère, 1934. Saloth Sâr est un enfant timide et sensible, qui a appris à garder son quant-à-soi et voudrait bien ne pas avoir vu les porcs se faire ouvrir d’une oreille à l’autre ; il n’aime pas trop cela, ni toute autre forme de violence d’ailleurs . Il fait encore pipi au lit et c’est son principal problème, car bientôt il partira à l’internat. Un an au Vat Botum Vaddei, monastère aux froufrous de curcuma, au son des gongs et des mélopées, puis l’école française, voilà ce qui est programmé pour lui. A la stupéfaction de tous, et sans doute de lui-même, il y est un moinillon assidu et aveugle, heureux d’apprendre à se défaire de ses émotions.

Le déracinement absolu survient lors de l’entrée à l’école française. C’est la violence suprême du déchirement intérieur. C’est le colonialisme et le catholicisme comme deux marteaux qui assomment. Rattrapé par l’échec que lui promettait le regard de son père, Saloth Sâr est un cancre invétéré. Les liens de la famille avec la royauté permettent quelques sorties à la cour, dorures et courtisanes dans lesquelles il perd son pucelage. La guerre, l’échec scolaire, l’accession du roi Sihanouk au trône, l’échec scolaire, définitif cette fois, le départ pour Paris à 24 ans, puis le marxisme comme salut, lorsqu’encore une fois, c’est l’échec scolaire. Définitif. Nouveau départ.

Et à l’Ouest ? Dorrit, Nancy donc, c’est transparent, devient la confidente de son père, Dom Juan sur le retour, commence ses années de lycée dans une école à la pédagogie alternative et connaît ses premiers émois. La famille traverse une passe difficile, l’impécuniosité du chef de famille les réduisant à cumuler les emplois et les petites astuces. Dorrit se fait tabasser pendant l’amour, le visage en sang et ses seize ans tenus en otage par l’illusion de l’amour. Par la suite, les hommes, les viols, les hommes, triptyque banal et écœurant. Loin, loin pour Dorrit, c’est la nausée au Viêtnam. Elle s’enlise dans le patriarcat. Courant toujours après les études supérieures et donc l’argent (ce sont les États-Unis), elle expérimente la prostitution, une brève et si longue après-midi. Le coût psychologique est immense, et ouvre grand les portes à l’anorexie. Au Cambodge, les enfants mourant de faim sont de petites statues calmes et silencieuses au regard fixe.

Nancy H. = largeur des pages chez Actes Sud / nombre de calories * Pol Pot + racine de Douch

Indépendamment, chaque partie possède de grandes forces. L’enfance de Pol Pot n’est pas une page d’histoire que je connaissais et j’éprouve par ailleurs beaucoup d’admiration pour Dorrit. Huston est fidèle à son écriture : des phrases qui cisaillent, un verbe qui n’épargne pas le lecteur et une grande fluidité dans les dialogues.

Hélas, l’ensemble possède une nette propension à générer un malaise certain, et ce n’est pas une volonté de l’autrice. A la moulinette du grand générateur de la fabrique des monstres, Huston s’abstient tant de démontrer que de comprendre tant elle est occupée à se regarder le nombril.

A l’intérieur de Nancy

En faisant rentrer au chausse-pied son monstre intérieur dans celui de Pol Pot (oui, c’est sale), Nancy Huston pousse un peu mémé dans les orties. On a beau tous pouvoir basculer, pour nombre de raisons, la pertinence de la comparaison ne s’impose pas au fil de la lecture.

 

 

Nancy « too much » Huston

Quant aux choix littéraires, ils sont tout à fait dispensables. Huston choisit de tutoyer Saloth Sar et de parler de Dorrit à la troisième personne. Cette troisième personne, distanciation oblige, possède un vrai souffle narratif, qui transporte et prend aux tripes. Le tutoiement, en revanche, n’ajoute qu’une touche cucul et artificielle dont j’aurais bien fait l’économie – et vous aussi car on n’a pas besoin de ça pour 19,80 €.

Deuxième choix contestable : une postface puissante (à la troisième personne pour Pol-Pot, youpi), qui contient tout le propos déroulé pendant les 220 pages (90 pages chez un éditeur normal) et qui aurait dû, j’insiste, être la préface. Cette page est merveilleuse et aurait servi le livre par son souffle.

Enfin, enfin, mais pitié mais pourquoi nous infliger cette préface plate, prétentieuse, et longue comme un jour sans pain ? Nancy Huston s’y justifie en long, large et travers de sa légitimité à écrire au sujet du Cambodge. Rien ne nous est épargné, de son voyage en 2008 à la façon dont elle s’est mise au yoga. C’est non seulement inutile mais, pire, risible. So long, Nancy.

Le célèbre dictateur

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker

17 Sep

Lu par… Camille

moustache affligée

 

 

 

Fidèles ami.e.s du Virilo, l’heure est grave. Une terrible maladie semble s’être déclarée dans le milieu littéraire français: la jeanteulite aiguë. Marie-Fleur Albecker pourrait en être la première victime.

Quels en sont les symptômes ? La première manifestation est souvent trompeuse car elle part d’une intention sans doute louable, celle de mettre en avant un fait historique, un événement peu ou pas connu dans lequel tout ou partie du peuple a joué un rôle capital, souvent au détriment des élites (on pense alors plutôt à une julesmicheléole). Ici, il s’agit de la révolte paysanne de 1381 chez nos voisins d’outre-Manche, selon le point de vue de Joanna Ferrour, tenue pour l’une des rares participantes au milieu d’une foule essentiellement masculine. Très vite, le propos se veut donc à la fois éminemment féministe et populiste, et c’est là que le carnage commence. Car pour faire parle le peuple, l’auteure n’a rien trouvé de mieux que de lui attribuer un parler « moderne », on dit merde, bite et cul, entre les brèves de comptoir et un tube de rap français. Ben oui, évidemment. Pour raconter l’histoire de la plèbe à la plèbe, forcément il faut se mettre à son niveau, c’est le deuxième symptôme de la jeanteulite. Ça donne « ouais, la noblesse, assise sur son cul à nous tondre comme des moutons déjà dépiautés pour soi-disant nous protéger. Sans toison, on est à poil » ou bien « enfin bref, il faut ajuster des trucs, c’est sûr, mais tout ça me semble un peu extrême, un peu too much« . Vous la sentez, la connivence ? Vous l’avez l’empathie ? A ce stade, démagogie ou mépris de classe, mon cœur balance.

Le tout pour créer, sans doute, un effet comique. Car troisième symptôme, il faut du lol. Pour toucher la plèbe, faut que ça glousse. Ou pas. Pour ça rien de tel que les fameuses incises entre parenthèses, selon la formule mathématique chère à Teulé : décalage = humour = ventes x 3,14.

C’est encore mieux quand ça tombe bien à plat: « En réalité pendant longtemps, Dartford fut moins un carrefour qu’un T. […] La branche à main gauche (que l’on appelle communément ouest) part vers Londres. La branche à main droite (est, donc) s’ouvre vers Canterbury […]. Enfin, le corps du T file vers le bas (que l’on appelle communément sud). » Je crois qu’un bruit de pet avec la main sous le bras me ferait plus rire.

Mais la jeanteulite prend ici un caractère sinistre quant on en vient à parler de féminisme. Joanna a été violée par son premier amour. Elle en conçoit un ardent désir de revanche. Contre les hommes ? Non non. Eux, elle se contente de les mépriser car ils ne pensent qu’avec leur bite. Subtil. Ce qu’elle veut, c’est l’égalité, même si dans son combat elle doit apprendre à se muselet pour ne pas passer pour une hystérique (sic). C’est tellement navrant de démagogie qu’on en lirait presque avec plaisir les passages où l’auteure se contente de retranscrire Wikipédia ou les guides touristiques de la région londonienne (« le donjon profite d’une surélévation assez exceptionnelle au fond d’un méandre convexe, quasi sur sa barre, lieu d’alluvionnement plutôt délaissé d’ordinaire…« )

Je vous invite donc à fuir la contagion.

y a genre whatmille keums on entend qued’ ça part trop en youk

Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier

14 Sep

Lu par… Gaëëëël

Heureuses de ces retrouvailles

 

 

 

Thématique de la rentrée : les attentats perpétrés par des islamistes. Nous sommes donc le 11 septembre 2001. Lucy, qui vit à New York et travaille au World Trade Center, et William, responsable de la sécurité de l’aéroport Logan à Boston, sont frère et sœur. Leur père vient de leur téléphoner pour leur annoncer qu’il va mourir mais, très rapidement, ce souci est effacé par quelques autres plus pressants, liés aux failles de la sécurité aérienne. Lucy, encore dans les sous-sols au moment de l’effondrement des tours, est piégée. William est aux premières loges de l’enquête immédiatement déclenchée par les services de renseignement.

Ces deux personnages sont bientôt rejoints par un troisième : Mohammed Atta, le coordonnateur des attentats. « Rejoints » de manière très métaphorique car l’unité de temps est respectée : tout se déroule le 11 septembre, les trois ne se croisent évidemment que par l’effort d’abstraction conduisant à envisager les attentats comme un tout, et nous n’accédons au passé de ces personnages que par les longues méditations qu’ils conduisent sur eux-mêmes, à l’occasion de cette journée pleine d’angoisse mais surtout de vide. La vie de Mohammed Atta, quant à elle, fit l’objet d’une enquête extrêmement fouillée des mêmes services de renseignement et c’est par le biais d’un anonyme Agent spécial qu’elle est retracée. Ces trois trajectoires sont tendues vers le même but : se sauver soi-même. Pour le meilleur et bien-sûr pour le pire.

Pilote

Juré embarqué dans la rentrée littéraire en train de se crasher

Et le cœur du livre, c’est ça : pas tant les attentats, le pourquoi du comment ils se sont déroulés et ces trois personnages y ont été mêlés, ni même un abstrait « pouvoir des images » que suggèrent le titre et la quatrième de couverture, mais la longue méditation de ces trois intériorités, des blessés de la vie, qui partagent d’ailleurs leurs souffrances avec les mondes qu’ils ont traversés. Car Fanny Taillandier est une géographe et elle en a la sensibilité : les espaces et les territoires vivent, d’une vie propre qui n’est que symbiotique et jamais confondue avec celle des humains.

Les vies des personnages, retracées avec une très subtile sensibilité – Atta lui-même n’est pas décrit comme un monstre, ni comme un paumé qui n’aurait pas compris ; car Fanny Taillandier a compris que chercher à comprendre, c’est tout sauf excuser – sont ainsi entremêlées de subtils motifs de réflexion, sur la carte, l’image, le statut des ruines et d’un monde où tout peut être recomposé, sur les statistiques et le risque. D’exercices de style parodiques aussi, et on se délectera de la parodie de diatribe talibane autour des télévisions, comme on s’était délecté des exercices de style qui faisaient Les Etats et empires du lotissement Grand Siècle (Prix Virilo 2016). C’est subtil, c’est très intelligent, un peu trop khâgneux parfois – une bibliographie, Fanny ? – mais qui sommes-nous pour juger ? Plus profond et beaucoup plus humain que Les Etats et empires… , moins amusant aussi évidemment, parfois un peu tiré par les cheveux quand le motif ne sait plus où se tourner pour se renouveler, mais en tout cas très original et conforme à ce qu’on attend de la littérature : déplier le monde, même lorsqu’il paraît simple comme un discours de George W. Bush.

Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal

13 Sep

Lu par… Anne

Réjouies et a fresco

 

 

 

 

Il y a des livres qu’on aimerait pouvoir détester juste parce que, parce qu’on est des têtes de lard et qu’hurler avec la meute germanopratine, aussi velue soit-elle, merci mais non merci. Le nouveau roman de Maylis de Kerangal en fait partie.

Sauf que… Il faut parfois se défaire de sa mauvaise foi naturelle et le reconnaître : le livre est une sacrée réussite qui parvient à ne parler de rien de plus que les autres avec sensualité et érudition.

L’histoire est celle de Paula, post-ado désœuvrée (comme nous tous, hein) qui décide un beau jour de s’inscrire dans une école bruxelloise enseignant l’art confidentiel et minutieux du trompe l’œil. Paula en bave, elle s’accroche, vit en colocation dans un appart pourri, se fait des amis, finit son cursus, décroche un premier contrat, puis un autre et finit par bosser sur Lascaux IV. Comme nous tous, je vous dis.

A marche forcée (et ce stacatto immuable est peut-être l’un des seuls bémols du roman), Maylis (vous permettez que je vous appelle Maylis ?) nous plonge avec délectation dans les matières et les odeurs, les êtres et les formes, les lieux et les histoires. On voyage, on découvre, on respire un peu d’éther.

Page 48 pourtant on espère la chute, le faux-pas, la faute de goût: « ceux de Paula sont beaux et propres, la virole étincelante, la touffe douce […] un petit gris à soies de porc, un épointé, un striper… ». Hélas il ne s’agit pas des fantaisies de Paula en matière d’épilation mais bien de ses pinceaux.

De même frémit-on à l’évocation des attentats de Charlie Hebdo, mais ce sont des dessinateurs qu’on assassine, des faussaires du réel, tout comme Paula et ses amis. Et Maylis retombe sur ses pattes avec la grâce d’un persan à poils longs dans le salon d’une vielle châtelaine.

Sa métaphore de l’imitation comme création est vieille comme l’art mais on y est bien, comme dans une bonne vieille charentaise élimée, et elle fonctionne très bien comme mise en abyme du travail de l’écrivain. On est dans du connu, du confort.

Verdict : Un roman initiatique élégant qui donne envie de se remettre à la peinture par numéros.

5 ans d’études pour apprendre l’art délicat du trompe l’oeil

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