Tag Archives: Grasset

L’hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy

1 Nov

Lu par… Jean-Marc

Vive le capitalisme

 

 

 

L’Hiver du mécontentement réussit le tour de force de rendre à la fois Shakespeare ennuyeux et Margaret Thatcher sympathique.

Cette grosse raclure de Thatcher

Lu aussi par… Philippe

Allez

 

 

 

 

Bonne suggestion de playlist consensuelle, mais récit à la Chalandon, le talent en moins. On recommande sans trop d’espoir à Reverdy une reconversion comme programmateur musical d’une tranche matinale le dimanche d’une radio de la Ferarock – l’eko des garrigues 88.5 à Montpellier ou C’Rock 89.5 à Vienne. Il n’est pas assez pointu pour Radio Dio (89.5 aussi, mais à Saint Etienne).

Le Roi Lear, hyper sympa

Reviens, de Samuel Benchetrit

16 Oct

Lu par… Gaël

Pourquoi ? Pas ?

 

 

 

 

Le narrateur, un romancier sur le retour en quête d’inspiration, vit un moment difficile. Son fils, seule personne à partager sa vie depuis un divorce déjà ancien, est parti en voyage initiatique autour du monde (avec quel argent ? Mystère mais c’est un souci récurrent des romans germanopratins de ne mettre en scène que des gens pour lesquels le travail est essentiellement une source d’estime de soi). Il cherche un exemplaire de son dernier recueil de nouvelles, qu’un réalisateur voudrait adapter à la télévision mais qui a disparu des librairies, des stocks de son éditeur (le pilon ! le pilon !) et même des entrepôts robotisés d’Amazon. Sa relation avec son ex-femme est manifestement trop suivie et compliquée (et toxique, au sens propre, puisqu’il semble avoir besoin de fumer une cigarette chaque fois qu’il l’appelle, alors qu’elle déteste ça). Il est terriblement jaloux d’un collègue écrivain, sorte de chimère Levyo-Mussolo-Bucienne avec lequel il partage son éditeur.

Écrivain germanopratin en pleine année sabbatique, sac au dos

Bref, des soucis, des soucis, des soucis, mais heureusement quelques coins de ciel bleu, sa vie se transforme quand il se rend dans un EHPAD (toujours en quête d’un exemplaire de son propre recueil de nouvelles), rencontre une infirmière et une mare aux canards (je ne spoile rien, c’est sur la quatrième de couverture, d’ailleurs la personne qui l’a rédigée doit avoir arrêté de lire le roman p. 112 puisque c’est le moment où tout le contenu de la quatrième a été dévoilé au lecteur), et dans la dernière ligne droite ça devient carrément un feel good book, une sorte de Coup de foudre à la résidence des cyprès matiné de 50 millions d’amis palmipèdes ; l’imagination est au pouvoir.

Il y a quelques éléments sympathiques, voire originaux dans la production française qui singe volontiers l’adolescent rebelle et romantique dès qu’elle essaye de parler de vie sens dessus dessous. La relation du narrateur à son fils est mignonne. Il y a quelques sketchs tenus sur la durée qui sont plutôt drôles, certains sont plutôt poussifs. Le rapport à la banlieue est attachant (mais j’ai l’impression que la production cinématographique de l’auteur sur le sujet est plus intéressante). Globalement, ça manque un peu de fil directeur et on a la sensation que beaucoup d’idées ont été notées, exploitées et immédiatement relâchées comme lors d’une procédure judiciaire mal conduite par le parquet. On aurait aimé aller jusqu’au bout de plus de choses, que la nonchalance du personnage ne déteigne pas autant sur le roman.
En synthèse, deux questions peuvent donc résumer ce livre : pourquoi pas ? Mais aussi : pourquoi ?

 

Parce qu’il y a plusieurs manières pour un canard de devenir un accessoire érotique

Lu aussi par… Alys

Passion OPJ

 

 

 

 

Voici un roman qui démarre mal. C’est l’histoire d’un écrivain raté. Oui moi aussi, j’ai eu envie de le refermer tout de suite. Mais bon, il est vraiment raté. Et névrosé, aussi un peu. Sa solution aux pv, c’est de les mettre dans un tiroir. Et pour la gardienne qui l’emmerde, ben de l’éviter. Il reçoit des mails d’Afrique qui lui demandent de l’argent, du coup il s’affole sans se douter que c’est une arnaque. Son fils s’est barré en Europe du Nord et son ex-femme l’emmerde pendant son émission préférée, quatre mariages pour une lune de miel.

C’est drôle, le personnage principal est assez touchant (non la personne qui écrit ces lignes n’est pas névrosée), mais bon, on sent que l’auteur est un peu en panne d’inspiration et qu’il a écrit celui-ci entre deux romans. Mais du coup on boirait bien un café avec lui pour savoir s’il a fini par les payer, ses pv.

Dernières nouvelles du futur, de Patrice Franceschi

12 Sep

Lu par… Philippe

Dernières staches du turfu

 

 

 

No (nouvelles du) future

Je divulgache de suite. La grande nouvelle c’est que dans le futur, le futur craint.

C’est tout ? Non : il y des caméras partout, chez nous et au dehors. On ne peut littéralement plus pisser tranquille : la moindre hésitation dans notre beauty routine matinale est aussitôt mesurée et transmise aux algorithmes des assureurs, qui calculent le risque de sédition, d’absentéisme ou de maladie. CNIL, que n’es-tu là. Et ce n’est pas tout : coté transhumanisme, Google a enfin créé ses surhommes augmentés, d’où émeutes car vie éternelle trop chère, d’où tirage au sort parmi les pauvres. Que sont mes Comités Consultatifs d’Éthique devenus. Et ce n’est pas tout : le complexe scientifico-industriel continue de s’intéresser au vide interstellaire au détriment de la planète bleue. Si Nicolas Hulot aussi nous délaisse, c’est que tout est bien perdu et que sic transit…

Gare au futur

Et Il en va ainsi pendant 15 nouvelles.  La formule s’installe vite : un nouveau chapitre, une nouvelle nouvelle, un nouveau grand thème pioché dans le dernier Usbek et Rica, la nuance de l’analyse en moins. Le tout est relié par un mince fil conducteur, tenu par un mystérieux un mouvement dissident qui fait des happenings à chaque chapitre, genre anonymous, mais  géré par des khâgneux ne sachant pas coder. D’ailleurs, il s’appelle le réseau Sénèque. Un nom bien maladroit quand on sait que le philosophe aura formé Néron, refusé de participer à un complot contre son élève avant d’être poussé au suicide par ce dernier, mais passons…

Big Brother, Big Data, Big Narcisse d’écrivain

 

Passons, car c’est une belle et courageuse idée que celle de Patrice Franceschi : faire des nouvelles (genre sous-évalué en France) pour raconter un futur dystopique (procédé peu exploré dans la littérature française) dans lequel la technique a abolit les libertés sous couvert de progrès (sujets brûlants mais presque inexistants des 3 dernières rentrées littéraires). En plus certaines idées de chapitres sont vraiment bonnes.

 

Mais 4 défauts rendent cette lecture très dispensable :

 

1)      Les enjeux sont soulignés avec tant de stabilo que la feuille gondole. Le projet (soit disant simplicité de fable et brièveté de nouvelle, nous y reviendrons) n’excusent pas le manque de subtilité. Le trait est grossier, à l’image de ce long dialogue entre un méchant juge qui s’insurge face à la calme gravitas d’un guide de haute-montagne. Évidemment, ce dernier énumère les leçons de vie dignes d’un dialogue de Platon en fin de Banquet :

« – Il est des libertés oubliées, Votre honneur.
– De quoi voulez-vous parler ?
– Je pose seulement la question suivante : à quoi bon vivre longtemps si ce n’est pas pour vivre pleinement ?
 »

Tout est ainsi : lourdaud, didactique. Autre exemple : un héros va commettre « un attentat » préparé pendant 15 pages, à l’abri d’un angle mort de caméras de rue. Que va-t-il faire ? Un pochoir de Banksy ? Enfin pisser en public sans être filmé ? Non : « Il plongea la main dans sa sacoche et en sorti (…) la bombe (…): un recueil complet des Poèmes saturniens de Verlaine.» Et ouais. Il lit, mec ! Le lecteur se fait ainsi constamment bourrer les côtes par les coudes de l’auteur-voyageur-granThumain qui lui hurle ses clins d’œil entre les lignes : « CH’TE L’AVAIS BIEN DIT, NOUS ON A RAISON »

2)      En conséquence de quoi, le livre est imbibé de cette fameuse Grasset touch, marque de fabrique de la vénérable maison d’édition : la fière (et parfois malicieuse) connivence de vieux cons. Tout écrivain-aventurier-baroudeur qu’il soit, Patrice Franceschi semble écrire avec la même intention qu’un chef de famille du XIXe siècle pérorant dans son fauteuil-crapaud, tournant son verre de cognac en creux de paume pour donner des leçons de vie à son gendre.

3)      Le livre est une suite de saynètes disparates. Normal pour un recueil de nouvelles ; moins pour un recueil de nouvelles qui ne s’assume pas, puisqu’en préface l’auteur nous enjoint à les lire dans l’ordre et sans sauter de chapitres. Comme un roman, mais avec des chapitres étrangers les uns des autres, quoi. Les « nouvelles », dessinées à gros traits, sont donc surtout une licence au manque de subtilité et de souffle (cf. point 1) ou un cache-synopsis de scènes de films.

4)      Sur les mêmes sujets prospectifs, et plus encore, la série Black Mirror fait mieux, plus profond, en plus bref et en plus agréable. Même le meilleur des mondes, pourtant publié en 1932, semble plus actuel sur la longueur.

 

Vous savez donc quoi lire ou regarder de mieux et pour moins cher.

Sénèque un au-revoir

Tu t’appelais Maria Schneider, par Vanessa Schneider

9 Sep

Lu par… Jean-Marc

2 moustaches, « et je suis gentil »

 

 

 

 

Ni biographie ni roman, un peu des deux à la fois, avec les facilités qu’offre chaque genre, ce livre se lit vite, pour peu qu’il ne nous tombe pas des mains. Rappelons que Vanessa Schneider, cousine de Maria, ce qui autorise le « tu » en vigueur à chaque page (dès la première : « Tu avais cinquante-huit ans quand tu nous as quittés »), est journaliste au Monde.

On peut d’ailleurs résumer le livre ainsi : Vanessa Schneider, cousine de Maria, est journaliste au Monde.

Car, hélas, ce n’est pas un livre mais un long article, une « enquête » dont le quotidien du soir est friand, qui nous est donnée. Avec la rigueur journalistique qui est la sienne, Vanessa n’oublie aucune fiche Wikipédia pour contextualiser. Ainsi, puisque Maria Schneider est née en 1952, apprendra-t-on que c’était l’année où « une machine étrange sort des usines IBM, le premier ordinateur » ; en France, « on se chauffe au charbon, on lave son linge à la main », les écoles ne sont pas mixtes, les filles « jouent à la marelle, aux osselets et au yoyo », la pilule n’existe pas et « l’abbé Pierre fonde le mouvement Emmaüs ». Sans doute cette année 1952 est-elle un peu décevante pour la journaliste qui embraye aussitôt sur la suivante : « Staline meurt en 1953, Elisabeth est couronnée reine d’Angleterre quelques mois plus tard »,. Tant qu’on y est, contextualisons les 4 ans de Maria : « Le 4 novembre 1956, les chars soviétiques entrent à Budapest. » Cet étalage de contextualisations ne sert sans doute qu’à amener la phrase qui clôt ce chapitre : « la guerre devient froide. » Morceau de bravoure, qu’on clap clap clap mais, au fait, Maria Schneider ?

Quand la guerre devient froide

 

 

Maria Schneider a été violée durant le tournage du Dernier Tango et ça a bousillé sa vie. Comme sa fiche Wikipédia l’indique, et nombre d’articles, la sodomie simulée a en effet été conçue, conduite et vécue comme un viol. C’en est un. Humiliation que l’actrice trainera toute sa vie. Mais ce n’est pas un scoop. Dommage pour une journaliste !

Vanessa Schneider n’ayant pas d’informations particulières à livrer, elle feuillette donc l’album de famille. Parlant parfois de Maria, aux bras piqués de noir, l’héroïne la ravage, mais aussi de papa, maman, ou de tonton Jean, homosexuel qui « nous jette son exubérance à la figure ». Elle parle des visites de Maria, des films de Maria qu’elle appréhende « dans le désordre, au gré des hasards ou des circonstances », c’est d’un chic, ou de son enfance : « par beau temps, nous jouons sur la dalle. Les parents jettent de temps en temps un coup d’œil par la fenêtre pour s’assurer que tout va bien. »

Quand elle n’a plus rien à dire (c’est tout le temps, en fait), elle commente des coupures de presse. Paris Match, novembre 1978 : « Maria ne semble pas avoir compris que les canons de la mode ont changé. Sur les clichés qui illustrent l’article, elle porte des fringues de fripe, chemises d’hommes pas repassées, blouson en jeans à la propreté douteuse, jupe indienne à fleurs tombant sur des sabots de bois. » Les pages mode de Elle ne sont pas mieux rédigées.

Il y a parfois des moments délicieux, ainsi lorsqu’elle parle de Fiona Gélin : « Je ne l’avais croisée qu’une fois, lors de tes funérailles, je savais qu’elle n’allait pas très bien » – hey, Vanessa, c’est un peu le principe des funérailles, tu vois ?

Dans ce livre qu’elle a « hésité » à écrire, Vanessa Schneider n’a donc rien à dire, sinon qu’elle est la cousine de Maria : « Chaque fois que j’essaye de ne plus penser à toi, tu me rattrapes. J’ai commencé à écrire sur nous, j’arrête et je reprends, comme une marche chaotique sur un sentier escarpé. Impossible de faire demi-tour. » L’enjeu principal est sans plutôt de coller au mouvement #MeToo (« L’heure n’est plus au silence. La parole a supplanté la honte. ») pour doper les ventes

 

La phrase à prononcer dans un dîner en ville : Ses films ? Bah, moi, je les appréhende dans le désordre, au gré des hasards ou des circonstances.

 

Encore un qui n’allait pas très bien (indice : ce n’est pas un mariage)

Le jour d’avant, de Sorj Chalandon

25 Oct
Lu par…Charlotte

3 moustaches réalistes

 

Après Retour à Killybegs, Le quatrième mur et Profession du père, Sorj Chalandon creuse (wait for it) un nouvel univers : la mine de charbon (tadaaa !). A travers le destin tragique d’un homme qui perd tout un jour de grisou fatal, Chalandon nous entraîne dans des maisons de briques rouges au sein desquelles l’argent manque mais pas les larmes.

Si Le jour d’avant ne renversera pas Germinal – sans doute n’était-ce de toute façon pas le projet -, sa poésie et sa sobriété dévoilent un autre visage, plus moderne, d’un monde sacrifié. Et voilà qu’on éprouve un peu des douleurs de ces hommes durs à la peine à qui on demande pardon de les avoir trop vite oubliés.

 Lu aussi par…Philippe

4 moustaches charbonneuses

 

Sorj Chalandon, décidément, ça le fait à chaque fois.

J’ai failli mettre 5 moustaches parce que j’ai pleuré

Le seul vrai bon auteur de chez Grasset a le chic pour lancer son écriture à l’assaut de grands thèmes qu’il maîtrise bien (ici, le dernier accident de mine en France, 42 morts et avec lui, une description de la France prolétaire des années 70). Évidemment, Germinal 70ies, ça ne vend pas du rêve. Pourtant, la référence obligée à Zola fait long feu. Il s’agit plutôt d’une sorte de Crime et Châtiment version silicose. Ce qui ne vend pas beaucoup plus de joie, avouons-le.

Twist et charbon

Les deux premiers tiers du livre sont tout à cette description d’une région de crassiers, de corons, de familles dont une fraction meurt régulièrement sous la terre. Les allers-retours passé-présent évitent l’enlisement du lecteur. Certains trouveront ça un peu long. Est-ce parce que j’ai grandi à Saint-Etienne ? Pas moi. C’est un grand roman de deuil, qui fait vivre une époque et des gens sans les juger, avec un réel talent littéraire. Ça dénote dans la rentrée.

Au dernier tiers, toutes les petites lourdeurs et incohérences du roman sont magistralement expliquées par une sorte de twist. Comme un coup de grisou.

Ne soyons pas bégueule (-noire)

On pourra répondre que les ficelles sont un peu grosses, critiques formulées d’ailleurs pour les précédents romans de Chalandon. On pourra trouver vulgaire d’émouvoir aussi facilement. C’est
bien mal lire. C’est croire que sous prétexte qu’un effet est visible, il est mal mené. N’ayons pas ce snobisme de l’intelligence, qui méprise ce qu’elle comprend.

Il est très difficile de décrire sans être grotesque et indécent les misères que l’on n’a pas connues.

Bien des auteurs se prendraient méchamment les pieds dans le ch’terril. Il faut tout le talent de Chalandon (et toute la finesse de son écriture faussement simple) pour nous faire ressentir sans
sentiment d’impudeur la tristesse indicible de la perte. C’est un roman truqueur, certes, mais comme une malle de souvenirs dont on trouverait un double-fond : on ne va pas se plaindre d’un peu plus de profondeur, de ce basculement d’un panneau de bois dans les affres des souvenirs ; qui permet à Chalandon de dépasser le discours qu’imposait apriori son thème. Ce n’est pas très clair, mais en gros, j’ai beaucoup aimé.

Juré (à gauche) appréciant le récit de l’indicible perte.

Le cri, de Thierry Vila

26 Oct

Lu par Alys

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Pompon poilu

 

Lil Sevinsky, 35 ans, est anglo-rwandaise et a grandi en France. Au moment où démarre le récit, elle embarque sur un bateau comme médecin de bord. S’ensuit un huit clos qui marque l’ostracisation progressive de Lil et la naissance d’un amour platonique entre notre héroïne et l’un des marins.
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C’est le quatrième livre à porter ce titre en littérature francophone (oui, on a vérifié), après un roman sur un hôpital psychiatrique à Oslo, un sur le harcèlement à l’école et un sur un péagiste d’autoroute. Comme quoi un titre pareil, ça annonce pas un truc super jouasse. C’est en effet pas très drôle, le cri. On se dit que l’auteur en a eu l’inspiration en regardant le tableau. Peut-être, en tout cas ça a donné un roman brut et violent comme les marins, mais aussi un roman triste et poétique, comme l’amour quand il est impossible.
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C’est bien écrit, on regrette un peu la fin, qu’on a pas vraiment comprise. 
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Welcome aboard

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Petit pays, de Gaël Faye

24 Oct

Lu par … Alys

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Moustache fleurie

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Le Petit Pays, c’est le Burundi. Là où a grandi le narrateur. Une enfance de paradis, au fond d’une ruelle de Kinanira, un des quartiers chics de Bujumbura. L’histoire est racontée du point de vue d’un enfant, Gabriel. Une mère rwandaise, et un père français exilé au Burundi. Gabriel grandit avec son père et sa soeur, et surtout entouré de ses copains avec qui il fait les 400 coups. Et puis le pays d’à côté décide de massacrer la moitié de sa population alors petit à petit tout bascule, et Gabriel grandit plus vite que prévu.

Petit pays parle de beaucoup de choses : du couple, de l’enfance, des Blancs et des Noirs, de l’Afrique et de la France et puis bien sûr, de la guerre. Mais surtout, il parle du pays, ce petit pays. Et de ces instants de bonheur qui arrivent rarement jusqu’à nous :
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« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
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Un roman doux et lumineux.
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Membres du jury exultant (enfin)

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Mais aussi lu par… Bérénice

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Moustache fournie, mais moins

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Petit Pays est raconté par Gaby, qui choisit son nom à défaut d’avoir prise sur les autres événements dans sa vie, et n’est donc pas Gabriel. Gaby a une mère rwandaise, tutsi, laquelle inculque sans qu’ils le veuille vraiment à ses enfants la douleur de l’exil, du pays insaisissable pourtant tout près, juste derrière les lacs et les montagnes. Son père est français, engoncé dans sa vie un peu ratée. Il est burundais, et en même temps rien de tout cela.

Petit Pays est un livre aux qualités indéniables, avec des pépites : Bujumbura a l’air si belle sous la plume de Gaël Faye, les jeux de l’enfance sont retracés et rendus avec talent, le mariage de son oncle mélange espoir et peur.

Pourtant, pour ma part, je n’ai pu m’empêcher de ne pas être totalement convaincue. Le début (prologue et quelques pages suivantes) ainsi que la fin ne portent pas assez, on sent qu’il a fallu du temps à l’auteur pour se plonger dans son récit, mais aussi pour en sortir.

Surtout, la voix de Gaby qui nous plonge dans l’enfance, mettant à la fois distance et naïveté brutale dans l’horreur de la guerre civile sur fond de famille qui se délite, perd de sa force et l’on n’y croit malheureusement plus tout à fait. Est-ce vraiment un gamin à peine sorti de l’infans qui écrit à Laure, sa correspondante française qui voudrait savoir s’ils ont bien reçu le riz ? Cette voix qui ne déraille pas juste vers l’adolescence sonne un peu faux, et cela m’a gâché une partie du roman.

Je lirai avec plaisir les livres à venir de Gaël Faye car il possède en effet une force que j’ai admirée, mais elle gagnerait à être travaillée. A comparer l’incomparable, car le propos littéraire n’est pas le même, je reste marquée par L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie, alors que Petit Pays s’estompe un peu, et je le regrette.
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Petit pays deviendra grand

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