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Écume, de Patrick K. Dewdney

1 Nov

Lu par…Philippe

4 moustaches en hameçon

 

 

 

 

Ahhhh, enfin !

Précédent finaliste avec Crocs, P.K. Dewdney mord à nouveau dans la finale du Virilo avec Écume, dont le résumé met à l’amende les ¾ de la rentrée littéraire : un pêcheur (appelé le père) prend la mer (got it ?) avec son fils (le fils, narrateur). Le père est mutique-chelou, puisqu’il ne dit rien (mais rrrrien). Le rafiot s’appelle la Gueuse. Il n’y a presque plus de poissons alors parfois, on convoie des migrants vers les rives anglaises – il faut bien acheter des appâts et du corned beef. Et puis un jour…

ENFIN !

Mais enfin quoi ! EN-FIN ! MERCI ! C’ÉTAIT SI DIFFICILE ?

Les livres francophones ne veulent plus arraisonner le réel. Ou si peu. On lit « un bon bouquin » comme on va à l’opéra : pour apprécier les échos chamarrés d’une langue que l’on ne parle plus, en connaisseur. Depuis 9 ans, chaque rentrée littéraire est le consternant spectacle d’un art en train de crever d’un lent étouffement, dans la douceur du quant-à-soi des beaux esprits sensibles.

Heureusement, quelques auteur.e.s viril.e.s relèvent encore le gant. En écriture, il est donc possible de ne pas rester enlisé dans l’ornière de son nombril.

ENFIIIIIIIIIN

Grâce en soi rendue notamment à P.K. Dewdney pour avoir allié avec intelligence les thèmes des migrants, de l’eau, de l’appauvrissement des ressources halieutiques, de la solitude, de l’exploitation commune, de la dérive, de la haine, de la nécessité, du fatalisme et de la folie en un court ouvrage ouvragé.

Évidemment, certains n’aimeront pas. L’écriture est très… écrite. Chaque terme se veut exact. Tu es marin ? Les taquets te manquent ? T’en auras. (En même temps, tout le monde a soi-disant kiffé Moby Dick, autrement plus ardu sur le vocable des baleiniers). Les images sont toutes originales, signifiantes, légèrement sur-écrites. Tant pis pour le confort du lecteur qui aux premières pages aura un peu la gerbe devant le style riche, fort, bref un peu chargé… heureusement jamais ampoulé.

En mer, c’est quand on a le mal de mer qu’il faut s’accrocher : pour peu que l’on retrouve son pied marin, que l’on accepte le sol truqueur de la mer – à la fois précis et se dérobant, en ce sens très à l’image du style de Dewdney – alors seulement pourra-t-on vivre sa petite odyssée formidable, et pourtant si commune, et pourtant si terrible.

Pour toutes ces raisons, un livre qui mérite amplement sa place en final. « When the Virilo follows PK Dewdney, it is because it thinks littérature sardines will be thrown at the sea. »

https://www.youtube.com/watch?v=bTq6aApCBnA

 

Juré ayant retrouvé son pied marin passées les premières pages de vomi

Crocs, de Patrick K Dewdney

29 Oct

Lu par François HL

Virilité retrouvée

Virilité retrouvée

Tu en as assez de lire « Roman coup de poing » sur le quatrième de couverture de n’importe quel ouvrage publié par un auteur de ton âge ou à peu près ? Tu redoutes qu’on tente de te convaincre que le bouquin que tu as entre les mains est celui « de toute une génération » ?

Crocs est définitivement pour toi.

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Une oeuvre virilo

Dans ce roman pas de publicité mensongère (du reste l’éditeur, conscient de publier une pépite, n’a pas eu recours aux expressions galvaudées habituellement utilisées pour survendre). Tu vas te prendre une bonne grosse claque. Tu vas gémir, tu vas trembler, tu vas vomir… Tu vas vivre. Et tu en sortiras probablement grandi.

Patrick K. Dewdney nous présente un homme qui tente de se déplacer dans la forêt avec pour unique compagnon un chien, sauvage, farouche, il semble tellement bien connaître les lieux qu’on dirait qu’il y a passé sa vie. En réalité il fuit. Les causes de cette cavale demeurent assez mystérieuses. Un homme, un chien, la nature. On pense à la Route de McCarthy. Au film Into the wild. On pense également à l’affaire Treiber.

Et puis non ce n’est pas une fuite, c’est une quête.

Peu à peu, grâce à des flashbacks habilement menés on comprend ce qui a conduit cet homme dans les bois et surtout ce qu’il recherche.

Au-delà des belles descriptions du refuge sylvestre (et plus particulièrement des sols, support du mouvement et mémoire des temps), une écriture abrupte, parfois violente, toujours marquée par l’urgence et par une certaine fébrilité. Le roman est en outre très finement construit, avec de très beaux effets de surprise et du rythme. Celui de la course, celui de la respiration, celui de la colère. Et ce personnage ! Traqué comme une bête mais tout à fait homme, encore vivant (profondément vivant) mais à moitié mort… C’est intelligent. C’est rude. C’est animal. C’est dégoûtant aussi. C’est tout bonnement fantastique.

Fais-toi les dents ! Vas-y, cours. Dévore-le ce livre.

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Juré mimant à ses camarades la scène du bichon.

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