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Objet trouvé, de Matthias Jambon-Puillet

24 Août
Lu par…Bérénice

Une carpette très lisse

 

 

 

 

Ce livre est vendu comme une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance ce qu’il n’est pas, mais ça fait vendre. Les mots important de la quatrième sont donc « en filigrane ».

 

Dernière la fébrilité apparente, mais pas très loin, se cache un livre tiède, plat et sans saveur, en tout point semblable à son prologue.

 

Le pitch : il y a trois ans, Marc, prénom de guerrier et pas franchement au point sur ce qu’il veut de la vie, subit son enterrement de vie de garçon. Sa meuf est enceinte et il va l’épouser. Il tombe alors sur Sabrina, one night stand d’une lointaine soirée, pas franchement au point sur ce qu’elle vaut et légèrement obsessionnelle au point de voir un évènement facebook, que ce soit l’enterrement de vie de garçon d’un type qu’elle n’a plus jamais revu, et d’y aller. Faut ne pas aimer dormir et avoir une bonne petite angoisse de sa propre compagnie à ce stade là.

 

Bref, comme prévu, ils couchent ensemble et là, je t’ai je te garde, la pauvrette ne dort pas pendant des jours parce qu’elle a attaché Marc avec des menottes en plastique tenues par un cadenas et qu’elle a peur qu’il parte de sa chambre. Il finira sans menottes mais avec cage de chasteté.

Pour de plus amples informations, veuillez consulter notre tumblr Cage de chasteté ou cage à écureuil ?

Pourtant, comme le disent les sites de vente de cadenas « Le cadenas est symbole de tranquillité et d’évasion grâce aux escapades et sorties qu’il permet, en mettant en sécurité les affaires personnelles de son propriétaire« .

Mais non, Sabrina est accro au Guronsan, écrit Guronzan, un moyen subtil de déjouer les foudres de l’industrie pharmaceutique, elle stresse. C’est donc l’histoire d’une descente aux enfer dans les effets secondaires de la pharmacopée en vente libre.

 

« Après quelques semaines, Marc a cessé de parler« . La pharmacovigilance, y’a que ça de vrai, mais nous, ce qu’on souhaiterait, c’est que l’auteur cesse d’écrire. Il ne nous épargne rien, pas même le transit de Sabrina le premier jour où elle n’attache pas Marc. Ah ça, le Guronsan et le manque de fibres, ça ne pardonne pas.

 

On voudrait régaler le lecteur de ce site des rebondissements de l’intrigue mais la bluette SM, ça reste de la bluette, donc rien dans ce livre que vous ne trouverez déjà dans n’importe quelle histoire érotico-longuette, mâtinée de quelques éléments incongrus.

Cette ode au rangement, par exemple : « Là aussi, décoration minimaliste. On est loin du laisser-faire de chez Nadège, culottes par terre, murs punaisés de photos de jeunesse, table-basse recouverte de vieux magazines. Pic de jalousie face à l’incarnation d’un idéal d’intérieur d’adulte. » Ah Nadège, oui tu as raison, l’âge adulte ce n’est pas mieux se connaître, non, c’est avoir des meubles chromés chez soi. Et pourtant, les goûts et les couleurs…car plus loin « chaque tenue latex est plus belle que la précédente« .

Une bien belle tenue

Mais tout n’est pas simple non plus pour Sabrina qui, bien que sublimée en latex, aime laver Marc. Une réorientation en gérontologie est sans doute à envisager. Elle en profite pour le caresser. « Elle ne sait pas s’il aime » mais « une fois sec, elle lui fait enfiler un simple bas de pyjama en coton« .
Chapeau en tout cas pour l’enchaînement dénué de sens des différentes parties du livre, des retrouvailles grandiloquentes à l’hôpital au récit des trois ans, de la rupture de la fiancée laissée sur le carreau d’avec l’actuel à la diatribe contre la contrefaçon chinoise.
« Ce n’est pas seulement une question de laideur. J’ai aussi peur pour vous. Quand on achète ce genre de vêtement, quand on est perchée aussi haut…J’aime privilégier la qualité et les finitions. Un accident est si vite arrivé. »
Eh oui, car Sabrina meurt d’un talon trop haut qui se brise. Ce n’était pas de la marque mais une copie, quel fléau, que fait la DGDDI ? Finalement, Marc est rattrapé par son identité et son fils de trois ans, sa fiancée de l’époque quitte l’homme qui a élevé l’enfant pour revenir dans son giron et le latex lui manque. Vous n’avez rien compris à l’intrigue ? C’est normal.
Et cette loooongue conclusion, telle une gifle bien assénée : et si la virilité, c’était la soumission ? Quelle puissance, quel propos. Heureusement à la fin, Marc paye ses dettes : puisqu’il en a fait baver pendant trois ans à sa femme en disparaissant corps et biens, il lui donne une bonne gifle puis bande enfin, Nadège en « couine de surprise« . Il devient le partenaire de couple qui gère tout et entame une carrière de dominateur SM. Ainsi, la solution à la charge mentale de par le monde est trouvée. Enzo, l’enfant de trois ans, a probablement demandé son émancipation. Rideau.

Nadège, qui couine devant Marc, travailleur du bois et parangon de virilité.

Le bal mécanique, de Yannick Grannec

16 Oct
Lu par … Gaël
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Bacchantes intrigantes

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Attention, ouvrage épais et touffu ! Deux parties, qui se répondent l’une l’autre. Dans la première, on suit Josh, un de nos contemporains vivant à Chicago, où après des études d’architecte il a créé une émission de télé-réalité quelque part entre Boris Cyrulnik et Les maçons du cœur (si, si), tout en se posant de nombreuses questions sur la famille et l’intégrité artistique. Dans la seconde, on explore les racines familiales de ces questionnements, principalement à travers le destin d’une jeune femme dont on ne dira pas plus sous peine de spoiler violemment l’intrigue.
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C’est un bel objet, orné d’un pochoir de Schlemmer relevé par un impétrant plus cultivé et moins alcoolique que la moyenne. Cette référence pointue donne le ton d’un ouvrage sérieux : notes en fin d’ouvrage, bibliographie très exhaustive, notamment sur le Bauhaus et Paul Klee. On sent que l’auteure s’est passionnée pour cette période et s’est plongée toute entière dans la reconstitution d’une jeune femme éprise d’indépendance et d’art dans ces temps douloureux. L’entreprise est réussie : les complexités et les hésitations d’une Allemagne tiraillée entre sa modernité et ses aigreurs sont parfaitement rendues. Le Bauhaus est un personnage à part entière. Même le dense featuring de Paul Klee (exercice habituellement très risqué, tant sont nombreux les auteurs qui semblent penser que le travail passé de la guest star peut remplacer le leur) est réussi.
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Le célèbre emblème du Bauhaus par Schlemmer, rendu viril par de jeunes designers allemands

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En contraste, la première partie convainc moins. Beaucoup de bonnes idées, mais le personnage principal et l’intrigue apparaissent un peu trop creux pour tenir 250 pages. Le motif en miroir – une émission qui met en scène les conflits familiaux inconscients, et un roman qui explore les schémas de contamination familiaux – est un peu scolaire par rapport au tourbillon que promet la quatrième. Au final, deux tours de force, le portrait contrasté d’un entrepreneur de la trash TV à l’heure des choix artistiques, et une peinture très fine de la vie artistique de l’entre-deux guerres. Ce n’est pas rien d’autant que, pour votre serviteur moustachu, la capacité à incarner tout aussi intensément des points de vue et des personnages très différents est une des marques des grands romanciers. Mais ça ne prend pas complètement et on se dit, avec un peu de dépit, qu’une très bonne huile plus une délicieuse moutarde ne suffisent pas à faire une excellente mayonnaise*.

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* Le jury s’excuse par avance de cette métaphore boiteuse, qui montre encore une fois qu’à ne se nourrir que de rillettes et de cornichons, les jurés sont piètres cuisiniers.
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Pain amer, de Marie-Odile Ascher

14 Sep

aux éditions Anne Carrière

Lu par François

Anti-cramique

Touffu

Marie-Odile ASCHER, qui signe ici son premier ouvrage, propose une écriture limpide, rythmée, très sensible. Le roman est émouvant et instructif… Mais que demande le peuple ? (ndlr : du pain ?)

En suivant Marina, 19 ans au début du roman, on est emporté par l’Histoire de la Russie soviétique et le combat de ces milliers de « rapatriés », pour survivre, s’adapter et tenter ensuite de reprendre au destin ce qu’une funeste erreur leur a volé.

Et en plus, il leur avait promis des nintendos. Que dalle.

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, on avait promis à ces Russes blancs exilés en Europe occidentale et nostalgique un accueil inoubliable et une vie paradisiaque sur la terre de leurs ancêtres, devenue une glorieuse nation socialiste.

En fait non. Famine, injustice, déclassement. C’est Dur. Pire que ça : c’est l’enfer.

Marina et sa famille vont vivre l’horreur, leur histoire familiale permet une incarnation de la grande Histoire. C’est touchant et globalement très réussi. Par ailleurs, je recommande en toute hypothèse à tout un chacun de se méfier des belles promesses staliniennes.


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