Tag Archives: peintre

Ma dévotion, de Julia Kerninon

9 Oct

Lu par… Alys

Mettez m’en quatre

 

 

 

 

Helen, quatre-vingts ans bien tassés, croise par hasard Franck, même âge, dans une rue de Londres. Ils ne se sont pas vus depuis quinze ans, et ont pourtant passé la majorité de leur vie ensemble. Helen profite de cette rencontre pour dire à Franck ses quatre vérités.

Helen et Franck se sont rencontrés à Rome, où leurs pères étaient respectivement consul et vice consul. Des parents désintéressés, deux grands frères violents, Helen hait sa famille et n’a que Franck comme ami. Très vite, elle part à Amsterdam et l’emmène sous son bras. Elle, elle écrit, des essais, des études. Lui, il ne fait rien. Ils grandissent ensemble, s’aiment.

« Tu n’avais pas de plan B, tu avais simplement prévu d’être un génie, tu feuilletais livre après livre pour te renseigner, te documenter, pour être un intellectuel, quelqu’un de brillant.« 
Et puis un jour, à 28 ans, Franck découvre la peinture. Grâce à Helen, il devient un génie connu dans le monde entier. Helen reste à ses côtés, dans un statut à cheval entre celui de meilleure amie, de mère et de femme. Les maîtresses défilent, il tombe même amoureux, quitte l’appartement. Mais y revient pour travailler tous les jours. Helen ne dit rien, continue à être présente.
Un jour, elle tombe amoureuse de quelqu’un d’autre. Elle se marie et part aux États-Unis. Mais l’amour exceptionnel qu’elle porte à Franck la rattrape. Et elle y retourne. Elle supporte tout, les humiliations des autres femmes. Son égoïsme, son indifférence. Jusqu’au drame.
Un roman élégant et délicat sur les ressorts psychologiques d’une relation amoureuse ambivalente, complexe et destructrice.

Vas-y Francky c’est bon bon bon

 

NDLR : sur le même thème, nous recommandons vivement Les furies, de Lauren Groff.

Le bonheur conjugal, de Tahar Ben Jelloun

29 Oct

Moustaches conjugales

Gallimard

Lu par Alys

Beau comme un peintre qui bave

A lire en préparation de mariage

Le roman s’ouvre sur le témoignage d’un artiste célèbre, immobilisé suite à une attaque dans sa grande maison de Casablanca. Il déplore sa paralysie subite, déclenchée par un AVC qui a failli le laisser sur le carreau. Il fait chaud, il bave, les mouches lui tournent autour et il attend, immobile, que les journées passent. Et puis il nous raconte sa vie.

Le style est d’une beauté classique, le personnage a la trempe de ces hommes qui ont eu une vie splendide et qui, au moment de mourir, l’observent avec bienveillance à l’ombre d’un arbre. On pense tout de suite à Gabriel Garcia Marquez dans « Mémoire de mes putains tristes » : pour la chaleur écrasante du dehors, l’ombre d’une grande maison silencieuse, pour le corps qui dépérit et les (très) jeunes femmes guérisseuses.
Parole à la défense
Le grand peintre raconte sa relation avec sa femme, qui s’est détériorée avec le temps. On la comprend folle, hystérique en tous cas, on plaint le pauvre homme coincé dans sa chaise.
Et puis la deuxième partie du roman donne la réponse de sa femme. Elle donne sa version des évènements et décrit la vie aux côtés de ce peintre qui nous apparaît comme un monstre d’égoïsme, imbu de sa personne, infidèle maladif et manipulateur. Le ton et le style changent, et on passe de Garcia Marquez à « La mégère apprivoisée » en quelques pages. On regrette que la partie féminine n’ait pas la beauté et le sublime de celle de son mari, mais c’est bien là le problème du couple, n’est-ce pas ?
Un très beau roman, une écriture magnifique, un cinq moustaches

Le Turquetto, de Metin Arditi

26 Oct

Actes Sud

Lu par Paul

Moustache alla turca

Comment vivre sa passion pour l’art lorsque l’on est né au XVIème siècle et que deux religions vous l’interdisent formellement ? Je parie que ce n’est pas la question que vous vous posez chaque matin en vous taillant la moustache.

L'Homme au gant (huile sur toile, 1520, détail)

Metin Arditi y répond avec brio dans Le Turquetto, l’histoire d’un enfant doué pour le dessin, qui a tôt fait de quitter Istanbul pour Venise. Dans cette capitale en déclin, il deviendra un peintre reconnu et envié. Mais la roche Tarpéienne est proche du Capitole…

L'homme au gant (photographie, 2005, détail)

Outre la curiosité qu’il fait naître dès les premières pages en entourant son personnage central d’une note de mystère, Metin Arditi nous présente au fil du récit une galerie de tableaux qui souffrent la comparaison avec ceux des maîtres italiens. Chaque lieu traversé, chaque personnage croisé par le héros donne lieu à des passages d’une très grande beauté.

En traçant le destin d’un artiste fictif, Metin Arditi évoque dans ce roman les rapports qu’entretiennent art et pouvoir, au XVIème siècle comme à notre époque.

L'homo-gant (tricot, 2011)

Mais il traite aussi d’un thème qui lui est cher: celui des échanges entre cultures et religions. Au-delà de trajectoires individuelles dans des cités cosmopolites, il nous parle de l’histoire de l’Europe et des pays du bassin méditerranéen dans leur ensemble.

Un très bel ouvrage, à lire absolument.

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