Ascension, de Vincent Delecroix

26 Oct

Lu par…David

Moustaches ascensionnelles

 

 

 

 

Voici un livre bavard, beaucoup trop bavard.

J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un navet intersidéral et m’apprêtais, en me frottant les mains, à descendre en flèche cette Ascension interminable. Je marquais ligne après ligne les torrents de vannes loupées, les phrases sans fin, les digressions indigestes. Sur un coin de page j’ai même noté « Encore 600 pages à morfler : sous le pavé, la rage ! » 

Puis, arrivé à force de sueur et de conscience professionnelle aux alentours de la page 500, j’ai fini par abdiquer. J’ai accepté ce livre. J’ai supporté le mélange des genres (ou l’absence de genre ?). J’ai oublié le mauvais décor et les personnages grotesques. J’ai survolé les blagues pas drôles. J’ai pardonné à l’auteur.

Alors oui, Delecroix se regarde écrire, sans la moindre considération pour son lecteur. Oui, Delecroix n’a pas encore choisi entre Levinas, Proust ou Woody Allen. Oui, Delecroix est gonflé de mots, comme un ballon de baudruche agrégé de philo.

Mais Vincent Delecroix n’est pas seulement égocentrique. Il est aussi persévérant. Il vous a à l’usure. Il vous lessive pour mieux vous surprendre. Et si le roman ne s’envole jamais totalement, il finit par décoller un peu dans ses dernières envolées lyriques. Il y a dans les ultimes pages quelques fulgurances métaphysiques sur le destin de l’homme, le mal éternel, le salut impossible… C’est bien, mais ça ne fait pas un roman. Et ça fait surtout 500 pages de trop.

La Toile, de Sandra Lucbert

25 Oct

Lu par…Gaël

Moustaches cryptées

 

 

 

 

Écrivain, c’est dur. Il faut toujours trouver des nouvelles idées et tout a déjà été fait. Ce qui marche pas mal, c’est l’hybridation : Anna Gavalda + Paolo Coelho = Raphaëlle Giordano, par exemple.

Ici, nouvel objet littéraire plus étonnant : Les liaisons dangereuses + L’insurrection qui vient. Valmont + Edward Snowden. Bref, vous avez compris (les meilleures combinaisons : [un truc inspiré de ce bon vieux Choderlos + un bidule en rapport avec l’imaginaire ZADiste] recevront un portrait du Président par la poste malienne). En revanche, petite déception par rapport au titre, le personnage principal n’est pas une serpillière.

Agathe Denner et Guillaume Thévenin sont donc les modernes comploteurs. Cofondateurs d’une florissante entreprise du Web spécialisée dans la provocation, dissimulés derrière de transparents pseudonymes de hackers, ils tissent leurs intrigues en chattant sur des messageries cryptées et en semant le trouble sur Médium, un réseau social très inspiré de #VoussavezQui, en plus intellectuel (je ne le répéterai mais globalement, sachez-le : dans ce livre, tout est plus intellectuel. C’est un de ses charmes). Ils trament, ourdissent, complotent. Tirent les ficelles dans l’ombre du tout-paris numérique, à la fois faiseurs d’argent et de rois, et défenseurs de l’Internet libre, ouvert et anonyme. Janus libéraux et libertaires, comme ils le disent si bien. On y insiste, mais les vrais héros ce sont eux. Deuxième charme (comme on dit sur un autre réseau social). Autour d’eux et de leur entreprise gravitent trois couples en pleines crises, sur les braises desquelles les deux compères soufflent avec enthousiasme, et qui échangent d’abondance. Car dans ce livre, tout le monde écrit beaucoup (troisième charme) : des mails, des bouteilles à la mer sur Médium ou quelques lignes sur leurs applications de messagerie instantanée. Vous n’y trouverez que cela car c’est le défi : écrire un roman épistolaire contemporain, qui témoigne de ce moment numérique où même l’oralité et l’instantané, même le plus anodin et éphémère, sont enregistrés quelque part dans un serveur à l’autre bout du monde. L’écrire avec des longs mails très littéraires, certes, mais aussi avec des messages instantanés parfois les plus triviaux. Utiliser le like et le « XXX est en train d’écrire » comme des objets de langue, au même titre qu’une cadence catuléenne (Catulle écrivait-il des cadences ? Cette critique a été écrite sans Wikipédia).

En dire plus, ça serait inutilement déflorer puisqu’un 5 moustaches, vous le lirez forcément.

C’est assez merveilleux. Drôle, original, nerveux, vénéneux. Tout est très bien troussé et tout le monde a beaucoup trop lu Deleuze avant de songer à écrire son premier statut. Malgré cette homogénéité de la langue il y a la Marque, celle des grands écrivains, de ceux qui savent camper avec le même brio huit personnages différents et dont on croit absolument qu’ils ont mis un bout de leur âme dans chacun d’entre eux. Il y a aussi un récit qui prend très au sérieux Internet, ce qu’il fait aux âmes, les corps déterritorialisés et finalement ce paradoxe qu’il faudra bien expliciter : connectés en permanence à tous ceux que nous aimons, nous sommes toujours seuls. Dans ce feu d’artifices, il y a deux choses qui m’ont particulièrement plu : la figure sombre et jusqu’au bout incorruptible, dans son genre, de Guillaume Thévenin, fascinante de détermination aveugle et de violence jusqu’au moindre détail des rapports humains. Il me hante. Et le très beau roman d’amour, sur l’amour en tout cas, où aimer est un exercice spirituel, où aimer est sublime mais aussi très dur et très intelligent. Un peu comme La Nouvelle Héloïse + A nos amis, finalement.

 

Lu aussi par…Bérénice

 

Moustaches résistant à une pression venue des territoires du profit

 

 

 

 

Nous ne ferons pas l’injure à Sandra Lucbert de la comparer avec d’autres romans de la rentrée littéraire mais il n’empêche, le voici, le premier vrai roman littéraire de l’ère facebook.

Facebook, que dis-je, Medium plutôt. Car c’est le réseau principal du roman, sur lequel s’échangent des messages, se postent des statuts, à cause duquel des mails sont échangés. Dans La Toile, les roués Guillaume Thévenin et Agathe Denner (mais qu’elle est réussie !) nous ravissent de leur égocentrisme et en abreuvent leur cour virtuelle, entre fan premier degré, sicaires du savoir-vivre 2.0 et employés perplexes.

Après un Avis au lecteur qui dresse le décor (politique !), nous voici plongés dans les rets des deux fascinants hackers/start-upeurs du 11e arrondissement. La petite Ana Stasia qui subit leurs outrages est la représentante du clan des victimes : elle titille en nous le besoin d’en savoir plus sur ses bourreaux et la jubilation devant leur folie démesurée. Denner et Thévenin sont riches, riches d’idées, de vengeances et de bons mots mal-à-propos. Line-up, leur start-up, fait plus parler d’elle qu’elle ne parle des autres (n’est-ce pas là l’essence de toute bonne fête ?) et fascine en ricochets.

Parmi le cénacle des personnages convoqués, chacun possède son style, ses idées, sa personnalité, jetées en pâture sur Medium, défendues mordicus. Les têtes sautent, les secrets se vomissent, les bâtons surgissent dans les roues, la satire est fine et l’esprit partout. Lecteur, lectrice, tu riras et remercieras l’autrice de tant d’intellectualisme raffiné.

Thévenin, le Valmont du (dark-)web vit selon son propre code, imperturbable, jusqu’à la destruction : en questionnant internet, il s’y englue. On le regarde et on se regarde avec jubilation.

J’adhère.

 

Performance numérique et littéraire

Le jour d’avant, de Sorj Chalandon

25 Oct
Lu par…Charlotte

3 moustaches réalistes

 

Après Retour à Killybegs, Le quatrième mur et Profession du père, Sorj Chalandon creuse (wait for it) un nouvel univers : la mine de charbon (tadaaa !). A travers le destin tragique d’un homme qui perd tout un jour de grisou fatal, Chalandon nous entraîne dans des maisons de briques rouges au sein desquelles l’argent manque mais pas les larmes.

Si Le jour d’avant ne renversera pas Germinal – sans doute n’était-ce de toute façon pas le projet -, sa poésie et sa sobriété dévoilent un autre visage, plus moderne, d’un monde sacrifié. Et voilà qu’on éprouve un peu des douleurs de ces hommes durs à la peine à qui on demande pardon de les avoir trop vite oubliés.

 Lu aussi par…Philippe

4 moustaches charbonneuses

 

Sorj Chalandon, décidément, ça le fait à chaque fois.

J’ai failli mettre 5 moustaches parce que j’ai pleuré

Le seul vrai bon auteur de chez Grasset a le chic pour lancer son écriture à l’assaut de grands thèmes qu’il maîtrise bien (ici, le dernier accident de mine en France, 42 morts et avec lui, une description de la France prolétaire des années 70). Évidemment, Germinal 70ies, ça ne vend pas du rêve. Pourtant, la référence obligée à Zola fait long feu. Il s’agit plutôt d’une sorte de Crime et Châtiment version silicose. Ce qui ne vend pas beaucoup plus de joie, avouons-le.

Twist et charbon

Les deux premiers tiers du livre sont tout à cette description d’une région de crassiers, de corons, de familles dont une fraction meurt régulièrement sous la terre. Les allers-retours passé-présent évitent l’enlisement du lecteur. Certains trouveront ça un peu long. Est-ce parce que j’ai grandi à Saint-Etienne ? Pas moi. C’est un grand roman de deuil, qui fait vivre une époque et des gens sans les juger, avec un réel talent littéraire. Ça dénote dans la rentrée.

Au dernier tiers, toutes les petites lourdeurs et incohérences du roman sont magistralement expliquées par une sorte de twist. Comme un coup de grisou.

Ne soyons pas bégueule (-noire)

On pourra répondre que les ficelles sont un peu grosses, critiques formulées d’ailleurs pour les précédents romans de Chalandon. On pourra trouver vulgaire d’émouvoir aussi facilement. C’est
bien mal lire. C’est croire que sous prétexte qu’un effet est visible, il est mal mené. N’ayons pas ce snobisme de l’intelligence, qui méprise ce qu’elle comprend.

Il est très difficile de décrire sans être grotesque et indécent les misères que l’on n’a pas connues.

Bien des auteurs se prendraient méchamment les pieds dans le ch’terril. Il faut tout le talent de Chalandon (et toute la finesse de son écriture faussement simple) pour nous faire ressentir sans
sentiment d’impudeur la tristesse indicible de la perte. C’est un roman truqueur, certes, mais comme une malle de souvenirs dont on trouverait un double-fond : on ne va pas se plaindre d’un peu plus de profondeur, de ce basculement d’un panneau de bois dans les affres des souvenirs ; qui permet à Chalandon de dépasser le discours qu’imposait apriori son thème. Ce n’est pas très clair, mais en gros, j’ai beaucoup aimé.

Juré (à gauche) appréciant le récit de l’indicible perte.

Fief, de David Lopez

24 Oct

Lu par…David

Ta mère la moustache

 

 

 

 

Coup de mots dans ma gueule

En 250 pages, David Lopez nous transporte là où personne ne va jamais. Une sorte de terre inconnue à deux pas de chez nous. Dans les entrailles d’une toute petite ville de province, bien cachée entre une colline et une autoroute.  Là où les jeunes ados fument, boivent, rigolent, se charrient, traînent, font un peu de sport, essayent de choper et traînent encore. Comme partout certes, sauf que là ils poussent le bouchon un peu loin… Disons le tout net : à part un combat de boxe qui cogne sévère, il ne se passe pas grand chose dans Fief. Mais l’essentiel est ailleurs.

 L’adieu au langage (ta mère)

Le vrai coup de maître de David Lopez, c’est son coup de boule dans le langage. Et vas-y que je mélange récit et dialogue, que j’fous pas un seul tiret, que j’balance continuellement les mêmes répliques (bâtard, bien ou bien, ta mère la…)… Étonnamment, ça fonctionne. On y est. Il trouve le rythme, la bonne fréquence et le ton de ce qu’on dit quand on ne dit pas grand-chose.

 Mais attention. Ce n’est pas juste un jeu de mime. Il y a bien ici une ambition littéraire : celle de la réinvention. David Lopez n’esquive pas. Il ne tape pas dans le tas comme un bourrin et pour le plaisir de casser du (style de) bourgeois et du confort de lecteur. Il se bat sérieusement avec la langue pour que ça saigne un peu plus vrai.On sent même un peu la transpi (celle d’un auteur qui cherche ses mots et qui les trouve) sans trouver ça désagréable, comme une odeur de vestiaire qui serait bonne.

Il me semble qu’aucun homme de lettres de la capitale biberonné aux goncourts obligés n’aurait pu produire un tel roman.

Étonnamment ça sent bon

 Fief, c’est trop bref (TMTC)

Et ça continue, car à chaque tableau, David Lopez ne peut s’empêcher de nous balancer son jab. Des séries de petites volées amicales dans les côtes. Dit autrement : on s’marre bien. Les soirées fumette sentent le vécu (et pas que). Et puis j’ai connu un de mes rares fous rires littéraires : une scène de dictée hilarante.

Manque juste un petit coup de poing dans le coeur, le crochet final dans les dents. Forcément, c’est quand un livre est réussi que l’on veut partir à l’aventure avec lui. On attend qu’il nous emmène, avec un déclic, de l’imprévu, du twist bête et méchant. On attend une prise de conscience, un sursaut. Mais rien. Le gong nous rappelle à la réalité : dans la vie, il ne se passe jamais grand chose.

N’empêche, 2 round et demi parfaitement maîtrisés, c’est déjà très bien. Et ça mérite largement sa flopée de moustaches.

 

 

Taba-Taba, de Patrick Deville

23 Oct

Lu par…Bérénice

Taba-Taba n’aura pas lieu

 

 

 

 

J’avais acheté le Deville parce que j’avais bien aimé Peste et Choléra. Simple, travaillé, le roman qu’on offre à sa mère et dont on peut parler avec les copains, ça fonctionnait.

Dans Taba-Taba, on nous dit en 4e qu’un enfant aux hanches bretonnes, le narrateur, se balade dans un ancien lazaret. Mais, attention, ce que la 4e ne dit pas c’est que le narrateur n’est autre que…Patrick Deville ! Je vous dévoile un secret : ce livre n’est qu’un immense prétexte pour parler de lui.

D’abord, quand on est Patrick Deville et qu’on parle de l’histoire qui se mélange avec l’Histoire, on écrit tous les titres de ses chapitres comme un inventaire à la Prévert vu par un parolier français, mais sans majuscule car qui sommes-nous face au monde et au grand tout qui nous entoure ? une porte monumentale, à managua, un tapis magique, c’est touchant, on croirait lire la liste des titres de Bénabar.

On sent qu’au début l’auteur se retient un peu de trop parler de lui directement puis quand on arrive à des petites traces (il ne parle pas de ses caleçons), c’est un florilège. On s’ennuyait un peu et, bam !, l’agenda de Patrick Deville est soigneusement retracé sur plusieurs pages : en 2015 il était à l’hôtel Barcelo au Nicaragua, ensuite il est allé dans la Cordillère, puis au Finch Bay de Puerto Ayora, puis hôtel de la Rose à Fribourg, puis à Lyon, puis dans le Valais, puis à Chamonix, puis au Bauer à Venise (et ce n’est pas fini). Comme tout cela est très intéressant, ce spécial Fram voyages sur le thème Patrick Deville est parsemé de name dropping. On y apprend qu’il a parlé avec Edwin Madrid, puis avec Daniele del Guidice, puis d’autres. Ils sont sans doute sympas mais bon, on ne se connaît pas, et ça n’apporte rien à l’histoire. Subtilement, il parsème son histoire de références à « Yersin », une femme dont il est amoureux et dont il ne veut rien dire, ou alors juste un peu. Heureusement qu’il a choisi ce nom de code tout en mystère pour qui a lu Peste et Choléra, le bacille de la peste ayant été découvert par Alexandre Yersin. Le lecteur malin à peu de frais supputera que le grand chalet du Valais où il a fait des recherches lui a permis de trouver l’amour.

En outre, la prose est parsemé de ah-ben-dis-donc. Le sachiez-tu ? L’armée française contient énormément de contractuels. Ah et aussi il visite beaucoup de résidences diplomatiques. Il cite aussi toutes les îles appartenant aux DOM et DOM (y compris Tromelin) en expliquant que c’est une super ZEE, le tout au milieu d’une description d’une visite de l’ambassade au Mali. Patrick, le Mali n’est pas un département d’outre-mer.

Bref, Patrick Deville n’a pas un super bilan carbone et il sillonne la France en kès à la recherche des endroits où a vécu sa famille en parlant d’eux de manière très affectée. Il prétend chercher résoudre l’énigme des mots « Taba-Taba » répétés par le fou de l’ancien lazaret.

La lectrice, lassée peu après la page 85, ira directement à la fin du livre en survolant le reste (suffisamment pour se rendre compte que vers la page 415 il se compare à Jean Giraudoux) pour se rendre compte qu’il a tout de même osé émettre l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un hommage au lobby de la cigarette avant de l’abandonner aussitôt, sans doute dans un ultime sursaut de décence, pour se rabattre sur l’hypothèse vraiment totalement foireuse que ce serait un hymne à Madagascar. Sans doute bien introduit, Patrick Devillle a probablement voulu séduire le Président du jury, que l’on sait partial à cet île. Il a toutefois négligé que son livre tomberait des mains d’un lecteur moins acharné qu’un juré en quête de critique.

 

tabac-tabac ?

Le camp des autres, de Thomas Vinau

22 Oct
Lu par…Charlotte

Lichen poilu

 

Au début du XXe siècle, Gaspard (un enfant) s’enfuit dans la forêt avec son chien. Tous deux sont recueillis par un homme, sorcier ou ermite, avant de rencontrer une bande de voyous chapardeurs qui défraya la chronique dans les années 1900 et avec laquelle Gaspard va chercher l’aventure.
Avec cette histoire d’enfant à l’abandon et d’adultes marginaux, Vinau fait le plaidoyer de ceux qui ne rentrent pas dans les cases, des écorchés, des sans-famille, des laissés pour compte d’une société qui se préoccupe davantage de maintenir l’ordre que de lui donner du sens. Ces gens et la forêt qui les abrite, c’est « le camp des autres ».

La couv…ah non, mais presque.

L’écriture de Vinau est fouillée, précise mais pourrait être plus puissante encore si le soufflé provoqué par les élans poétiques ne retombait pas un peu vite. Vinau n’a sans doute pas de chance qu’on ait lu Une forêt profonde et bleue de Marc Graciano (l’histoire d’une enfant seule errant dans la forêt recueillie par un sorcier ermite) dont la violence – de l’histoire, de l’écriture – en fait un objet incroyable. Il n’empêche, ce roman de Vinau est une jolie surprise qui laisse penser qu’on se trouve peut-être sur le seuil de quelques chose de plus fort. A suivre.

Dans l’épaisseur de la chair, de Jean-Marie Blas de Roblès

18 Oct
Lu par…Gaël

4 moustaches très humides

 

 

Un homme, dont le blaze est Roblès, part pêcher avec le bateau de son père, de très bon matin la veille de noël. A la suite d’une fausse manœuvre, il tombe à l’eau. Menacé d’une mort lente par hypothermie, il revoit défiler, non pas sa vie, mais celle de son père, Manuel. Étrange mélange de kinétoscope et de divan.
Il y a beaucoup de choses sur la pêche en Méditerranée, la vie et les sentiments très intelligemment narrés d’un pied noir espagnol en Algérie, un tableau de la guerre à laquelle ce père a participé comme médecin qui assume que la guerre, c’est juste affreux et pas du tout romantique (le travers inverse étant malheureusement d’autant plus fréquent que les vraies guerres s’éloignent de notre connaissance directe). Une réflexion très intelligente sur ce qu’a été l’Algérie française, volée à un peuple et aimée par deux. Un beau tableau de ce que peut être une figure écrasante de père qui a été mêlé de près à l’Histoire, et qui jusque dans ses défauts recouvre la vie de son fils d’une ombre inatteignable.
C’est très bien, en résumé. D’autant mieux qu’écrit sans ironie ni pseudo détachement, avec une admiration sincère tenue sur 384 pages, ce qui est un exercice rare et difficile.
Un livre à emporter en bateau, donc.

Belle tenue pour guerre moche

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