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Tu t’appelais Maria Schneider, par Vanessa Schneider

9 Sep

Lu par… Jean-Marc

2 moustaches, « et je suis gentil »

 

 

 

 

Ni biographie ni roman, un peu des deux à la fois, avec les facilités qu’offre chaque genre, ce livre se lit vite, pour peu qu’il ne nous tombe pas des mains. Rappelons que Vanessa Schneider, cousine de Maria, ce qui autorise le « tu » en vigueur à chaque page (dès la première : « Tu avais cinquante-huit ans quand tu nous as quittés »), est journaliste au Monde.

On peut d’ailleurs résumer le livre ainsi : Vanessa Schneider, cousine de Maria, est journaliste au Monde.

Car, hélas, ce n’est pas un livre mais un long article, une « enquête » dont le quotidien du soir est friand, qui nous est donnée. Avec la rigueur journalistique qui est la sienne, Vanessa n’oublie aucune fiche Wikipédia pour contextualiser. Ainsi, puisque Maria Schneider est née en 1952, apprendra-t-on que c’était l’année où « une machine étrange sort des usines IBM, le premier ordinateur » ; en France, « on se chauffe au charbon, on lave son linge à la main », les écoles ne sont pas mixtes, les filles « jouent à la marelle, aux osselets et au yoyo », la pilule n’existe pas et « l’abbé Pierre fonde le mouvement Emmaüs ». Sans doute cette année 1952 est-elle un peu décevante pour la journaliste qui embraye aussitôt sur la suivante : « Staline meurt en 1953, Elisabeth est couronnée reine d’Angleterre quelques mois plus tard »,. Tant qu’on y est, contextualisons les 4 ans de Maria : « Le 4 novembre 1956, les chars soviétiques entrent à Budapest. » Cet étalage de contextualisations ne sert sans doute qu’à amener la phrase qui clôt ce chapitre : « la guerre devient froide. » Morceau de bravoure, qu’on clap clap clap mais, au fait, Maria Schneider ?

Quand la guerre devient froide

 

 

Maria Schneider a été violée durant le tournage du Dernier Tango et ça a bousillé sa vie. Comme sa fiche Wikipédia l’indique, et nombre d’articles, la sodomie simulée a en effet été conçue, conduite et vécue comme un viol. C’en est un. Humiliation que l’actrice trainera toute sa vie. Mais ce n’est pas un scoop. Dommage pour une journaliste !

Vanessa Schneider n’ayant pas d’informations particulières à livrer, elle feuillette donc l’album de famille. Parlant parfois de Maria, aux bras piqués de noir, l’héroïne la ravage, mais aussi de papa, maman, ou de tonton Jean, homosexuel qui « nous jette son exubérance à la figure ». Elle parle des visites de Maria, des films de Maria qu’elle appréhende « dans le désordre, au gré des hasards ou des circonstances », c’est d’un chic, ou de son enfance : « par beau temps, nous jouons sur la dalle. Les parents jettent de temps en temps un coup d’œil par la fenêtre pour s’assurer que tout va bien. »

Quand elle n’a plus rien à dire (c’est tout le temps, en fait), elle commente des coupures de presse. Paris Match, novembre 1978 : « Maria ne semble pas avoir compris que les canons de la mode ont changé. Sur les clichés qui illustrent l’article, elle porte des fringues de fripe, chemises d’hommes pas repassées, blouson en jeans à la propreté douteuse, jupe indienne à fleurs tombant sur des sabots de bois. » Les pages mode de Elle ne sont pas mieux rédigées.

Il y a parfois des moments délicieux, ainsi lorsqu’elle parle de Fiona Gélin : « Je ne l’avais croisée qu’une fois, lors de tes funérailles, je savais qu’elle n’allait pas très bien » – hey, Vanessa, c’est un peu le principe des funérailles, tu vois ?

Dans ce livre qu’elle a « hésité » à écrire, Vanessa Schneider n’a donc rien à dire, sinon qu’elle est la cousine de Maria : « Chaque fois que j’essaye de ne plus penser à toi, tu me rattrapes. J’ai commencé à écrire sur nous, j’arrête et je reprends, comme une marche chaotique sur un sentier escarpé. Impossible de faire demi-tour. » L’enjeu principal est sans plutôt de coller au mouvement #MeToo (« L’heure n’est plus au silence. La parole a supplanté la honte. ») pour doper les ventes

 

La phrase à prononcer dans un dîner en ville : Ses films ? Bah, moi, je les appréhende dans le désordre, au gré des hasards ou des circonstances.

 

Encore un qui n’allait pas très bien (indice : ce n’est pas un mariage)

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