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Réelle, de Guillaume Sire

20 Sep

Lu par… Bérénice

Moustaches cathodiques

 

 

 

 

Johanna Tapiro est beauf. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle espère, peu importe les couches qu’elle ajoute sur elle et autour d’elle, personne, jamais, au sein de la bourgeoisie avec un minimum de capital culturel ne la considèrera autrement qu’avec un immense mépris. Chez elle, les meubles sont massifs et fonctionnels, on y écoute Johnny, les bijoux de sa mère et les siens sont composés d’énormes perles en toc, sa meilleure amie s’appelle Jennifer, elle a des seins avant les autres filles de sa classe. Tout la prédestinait à l’échec. C’est que que lui répète Antoine Dupré, avec ou sans mots, en la violant tous les jours dans la cuisine, ou autre endroit aseptisé de son appartement, l’année de ses quatorze ans.

Jennifer abandonne le lycée en seconde et convainc Johanna de s’inscrire au casting de Graines de Star. Johanna envoie sa photo préférée, celle où elle est avec son père un soir de réveillon et où tout est dit d’elle et de son milieu. Dieu m’a donné la foi ne lui porte pas chance pour l’audition. Arrêt des études, supermarché, McDo, espoir d’une vie meilleure. Et puis, d’un peu nulle part, une société de production l’appelle, et pour Johanna c’est l’espoir de la gloire, de l’argent, et de la célébrité. Elle sera une autre elle-même, loin de sa classe sociale. Alors elle intègre l’équivalent du Loft. Pas besoin de raconter la lente descente aux enfers orchestrée par les puissants de la télévision qui la récupèrent dans mille émissions minables, avanies toujours plus sordides, la sommant de s’oublier elle-même et, pire, de renier d’où elle vient, tout en soulignant précisément ces deux caractéristiques, l’empêchant d’en sortir. Johanna ne peut qu’en crever, ou éventuellement finir en couple avec un motard.

Guillaume Sire souligne avec justesse, et sans mépris, le prolétariat recréé par les clowns de la télévision, cette nouvelle bourgeoisie minable de la dictature de l’argent et de l’audimat. Je regrette toutefois que le propos soit si étiré. Trois cent pages de vie banale et acceptée au forceps, ponctuées de petites et grandes trahisons, donnent malgré tout l’impression de devoir avaler des Danettes au caramel à la chaîne : pour le défi, pourquoi pas, mais personne n’aime vraiment ça. Au surplus, et sans doute est-ce là la faille de la subjectivité du juré, j’éprouve un intérêt avoisinant le néant pour la télévision et, a fortiori, la téléréalité. Je ne peux donc m’empêcher de trouver l’exercice réussi mais assez vain.

A la télé tout est plus gros (sauf les livres)

 

NB :

une demi-moustache est attribuée à la couverture, excellent choix.

 

 

 

 

Neverdays, d’Alizé Meurisse

21 Oct
Barbiche shizophrène

Barbiche shizophrène

Lu par Claire

Editions Allia

Marre de ma vie de Brad Pitt, j’préfèrerais m’appeler Jean-Paul

Quoi, tu ne me reconnais pas? C'est moi, Angelina!

Quoi, tu ne me reconnais pas? C’est moi, Angelina!

C’est vrai quoi, la célébrité, ça t’éloigne de toi-même en te jetant dans les bras des autres. Voilà ce qui arrive au protagoniste de Neverdays, fringuant acteur français au sommet de la gloire et de la musculation, coureurs de jupons et cynique de première. Dans la vie, il tourne, il baise, il tourne, il boit, il baise, il… Bref. Dur dur d’être célèbre. Soudainement dépité par la vacuité de son existence qui ne lui appartient plus, résumée aux biftons de son agent et aux fantasmes des femmes, notre héros découvre un jour par hasard une étrange clinique où l’on offre au client de se transformer pour quelques jours dans la peau d’un inconnu, un anonyme donateur d’ADN. Ok, la transfusion fait mal et fait gerber, mais qu’importe : la star se retrouve transformée en petit gros peu attrayant, exactement ce qui lui fallait pour reprendre goût à la vie. Le voilà qui s’accroche à sa nouvelle existence, devenu accroc aux shoots d’ADN, à l’anonymat et au régime pizza-bière. Pire, il se trouve une copine, une vraie : pas trop belle, pas trop moche, normale.

Une écriture entre  » le saviez-vous?  » et American Psycho

Première personne et fond psychopathe rythment la narration du protagoniste, découpée en petits chapitres qui débutent tous par une citation, le plus souvent en anglais. (NB : la propension aux citations anglophones de l’auteur risque d’en agacer certains).

Gros coup de mou pour la star

Star, grosse teuf, petit gros, et coup de mou : le livre en une image

Ce récit autobiographique de fiction s’appuie également sur une foule de fun facts à la « le saviez-vous » qui illustrent le propos : de là à se demander si l’auteur n’a pas choisi ce mode opératoire comme source d’inspiration, il n’y a qu’un pas. Exemple p.76 : « Mel Blanc, la voix de Bugs Bunny, était bien allergique aux carottes. C’est ça l’ironie.  » Autre exemple p.11 : « Les relations sexuelles brûlent 360 calories par heure. » (ndla: exemple choisi pour son évident impact SEO). Finalement, ça distrait, et ça confère une certaine originalité à ce roman qui a le mérite de ne pas copier ce qu’on faisait avant, mais de s’ancrer dans sa propre société. Facebook y est même cité. Sacrilège qui a du faire frémir le monde de l’édition.

book_652_image_coverUne auteur prometteuse

Si l’on se doute bien que l’auteur appartient elle-même de près ou de pas trop loin à ce monde pailleté du succès parisien, il n’en demeure pas moins que ce troisième roman envoie du steak. Là-dedans, on trouve tout un tas de choses, de l’imagination, des images vivantes et musclées, de la poigne et de la science, un ensemble boosté qui rend la lecture plaisante. Dommage cependant que la fin tombe dans l’écueil du flou et du poussif, comme si l’auteur, décidée à terminer, n’y avait pas mis le punch qui transpire dans le reste du roman. Un poil décevant, mais to be continued.

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