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Le bleu du lac, de Jean Mattern

7 Sep

Lu par… Gaël

Ligne 2

 

 

 

Viviane est une célèbre pianiste, désormais retirée de la vie artistique. Elle est mariée à un producteur culturel de la BBC, et la maîtresse d’un critique musical très célèbre (il passe à la télé !). Bon bien sûr il y a des ombres dans sa vie. La plus importante est que son amant vient de mourir, et que son exécuteur testamentaire lui a demandé de venir jouer une pièce de Brahms à l’enterrement, conformément aux souhaits du défunt, alors que leur relation était toujours restée totalement secrète C’est en même temps le deuil, et la panique. Le livre raconte, sous la forme d’une longue méditation ferroviaire façon La modification – les rêves et la deuxième personne en moins – son trajet jusqu’à cette église.

C’est sympathique, mais la narratrice est vraiment trop mièvre et agaçante pour qu’on s’intéresse vraiment à ses histoires de femme à laquelle la vie a toujours souri par hasard – les ombres en moins – et qui passe beaucoup de temps à s’en plaindre. Un mari présent mais qui lui laisse de l’air, un amant qui a fait tout le job pour la séduire et est aussi affolant sexuellement que sécurisant affectivement, une carrière qui a décollé toute seule mais qu’elle a arrêté parce que, d’une certaine manière, c’était trop facile (et dont on comprend d’ailleurs en creux que son amant lui offre post mortem une occasion inespérée de la faire repartir sur de nouvelles routes plus excitantes). Ma comparse Bérénice a une autre interprétation du livre, que je vous laisse découvrir dans sa critique. Pour ma part heureusement que ça n’a duré que 100 pages parce qu’autrement j’aurais fini par lui prescrire des cachets (du lol se cache dans cette phrase, saurez-vous le découvrir ?).

Lu par… Bérénice

Maître du contrepoint

 

 

 

J’ai acheté Le bleu du lac en étant assez accrochée par la quatrième de couverture puis, après le passage en caisse, je me suis rappelée que, comme tous les livres publiés aux éditions Sabine Wespieser, il avait de fortes chances de bien partir, puis de s’étioler.

Gageure, coup de tête ?

Viviane Craig est une pianiste virtuose, révélée sur le tard, ayant remplacé au débotté et au Wigmore un jeune prodige croate. De professeure des petites salles au devant des scène, elle interprète notamment Brahms à se pâmer. Bien mariée, bien installée, Viviane cependant a eu un amant, James, critique musical et boxeur amateur (quel homme), quelques heures par-ci, par-là, parfois une nuit, volées au monde, au fil des années. L’exécuteur testamentaire de James vient de l’appeler, il est mort, il a souhaité qu’elle joue du Brahms à la cérémonie. Le trajet de métro lui est l’occasion de le faire revivre et d’appréhender le moment de jouer, elle qui s’est retirée du monde il y a plusieurs années, plus aucun concert, plus rien. Quiconque connaît le métro londonien sait que le temps dont elle dispose est donc assez long, d’autant plus qu’elle est partie avec de l’avance.

Alors voilà, Viviane est angoissée, elle a peur que sa grande histoire d’amour soit révélée au public, on ne sait comment, heureusement elle jouera perchée sur une estrade, à Sainte Cécile, et donc cachée, en même temps elle vient d’apprendre la mort de son amant, le deuil commence à peine. Double deuil, même, puisqu’elle a perdu sa fille dix mois avant, à côté de l’attentat des tours jumelles (sa fille a glissé dans sa douche, à quelques centaines de mètres des tours). Oui, cela n’ajoute pas grand chose. James donc, homme incroyable, homme exceptionnel, surtout sa bite que Viviane aimait beaucoup. James à Londres, sa queue dans un pantalon, James au sport, sa queue dans un vestiaire, James à Talloires, sa queue dans un lac. James était parfait, il l’aimait, elle l’aimait, son mari est parfait, ils partagent moins de choses maintenant mais il n’a jamais été un obstacle, ses enregistrements, ses concerts, la vie rêvée.

Je ne peux pas croire que Jean Mattern n’ait pas voulu délibérément que son héroïne soit aussi stupide de gâcher ainsi sa vie par sa peur de tout. Il me faut croire, pour ce livre, que c’est à dessein qu’à la fin, le lecteur se dise que l’héroïne, non ça ne peut être elle, c’est peut-être James, c’est sans doute son mari, mais pas elle. Ce livre, je m’y accroche, présente donc, avec talent, le gâchis d’une vie et la bêtise des enfants trop gâtés. C’est sa chute qui le révèle, et c’est sa chute qui en fait la saveur, cent pages tout juste assez courtes pour ne pas trop attendre cette leçon, sur les notes de l’intermezzo en si bémol.

On notera toutefois que Jean Mattern place habilement sa candidature au Prix Trop Virilo puisque lors de leur première rencontre, James qui venait l’écouter pour la deuxième fois en concert a abordé Viviane à la sortie en lui déclarant « avec le plus grand naturel qu’il avait ruiné deux pantalons en deux sorties à cause [d’elle] » et qu’elle lui devait bien un déjeuner*. Comme toute femme normalement constituée, elle a donc accepté. Tristan et Iseult, Héloïse et Abélard, James et Viviane…

Le genou de James

* De mémoire, il y a aussi quelque part des draps en satin parme et gris, soit un faisceau d’indices concordant pour une demande du trop Virilo.

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