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La Révolution française, de Louis-H de La Rochefoucauld

30 Sep
duvet frotti

Rasoir Guillotine

Editions Gallimard (L’Infini)

Lu par Philippe

« Nous sommes issus d’un peuple qui a beaucoup souffert » Tonton David

Livre fin de race

Roman fin-de-race

Le pitch du livre est prometteur : L-H de La Rochefoucauld, jeune velléitaire, imagine que son spleen de génération Y est en fait une mélancolie aristocratique. Sa vie est un peu minable, mais Louis-Henri a trouvé le coupable : lui et les siens sont issus d’une famille qui a beaucoup souffert, et assez injustement d’ailleurs, de la Révolution et de la France. Au même titre qu’un fils de harki, Louis-Henri est une victime.

Avec l’humour et l’opiniâtreté des vrais aigris (et donc non sans lourdeur), le narrateur va alors égrener les récits de ses glorieux anciens, tentant en vain de faire entrer sa petite vie médiocre dans la grande lignée de la loose rochefoucaldienne.

Le roman fin-de-race

Tout ça aurait pu être agréable ; c’est un peu érudit, c’est distancié. Les critiques obligatoires (pédanterie et suffisance) sont annihilées par le projet d’écriture : c’est un petit con d’aristo mal dans sa peau qui nous parle.

Le juré après lecture

Le juré après lecture

Hélas, l’autofiction -même parodique- touche assez vite les limites de son genre : c’est autocentré, ça n’a rien à raconter et surtout, on s’en fout pas mal. Le lecteur est un peu dans la peau de ce mec coincé à une table de mariage à côté d’un nobliau bourré, ce dernier ne se rendant pas compte que refaire l’histoire de France par ses ancêtres, ça n’est pas captivant.

En somme, un rare cas de littérature fin-de-race : l’auteur a des souvenirs d’élégance, des rumeurs de style, une position sociale élevée (Gallimard nrf, tout de même) mais une fâcheuse tendance à se croire passionnant de facto. Reste l’interrogation éditoriale : pourquoi l’a-t-on laissé se triturer le nombril devant tout le monde ? Un peu d’humour n’excuse pas tout. Et de nous souvenir qu’à une certaine époque, on guillotinait pour moins que ça.

Qu’on lui coupe la moustache !

Trois visites à Charenton, de Benoît Damon

27 Sep

Duvet sans tête

Editions Champ Vallon

Lu par Philippe

Monologue du monomane 

Titre pas swag

Un très bon trois moustaches. A la fin de sa carrière, Géricault se plonge dans des toiles d’aliénés. « Exécute le portrait » dit la quatrième de couverture. C’est un jeu de mot car pendant trois séances de pose, le peintre écoute un « fou » : le « monomane de la guillotine ». Tel est le pitch alléchant de ce livre au  titre tout pourri -« Trois visites à Charenton ». Nous sommes embarqués pour 240 pages de monologue monomaniaque autour de la guillotine, de la révolution, de la Terreur ; ça va gicler dans les chaumières.

Attention chérie ça va couper

Si vous vous attendez au  « Mentalist » version Restauration, vous allez être déçus. L’hurluberlu qui jacte sans fin est né de la Terreur mais ce n’est pas un tueur en série. D’une faconde prodigieuse, il va raconter Marie-Antoinette sur l’échafaud, la fumée, les odeurs, les cris des suppliciés, le muscle du bourreau. L’esprit malade de conversation vous parle d’une langue riche, joyeusement descriptive, sonore.

« Et pourtant, voici surgies d’un brouillard jusque-là protecteur qui maintenant s’effiloche, les colonnes dépenaillées des fantassins de l’an II. (…) La forteresse de Mabeuge est délivrée. Vive la République! mort aux tyrans! et rlan, rlan, rlan, rantanplan! patata! pataplan!…           Changeons de spectacle. Quittons le désastre du champ de bataille, ses chevaux morts ou blessés, les agonisants ou les cadavres à enterrer. (…) A là même heure ce jour-là, Dame Guillot reçoit, au minuscule salon du dernier bal des têtes en l’air, Marie-Antoinette en déshabillé blanc. »

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Les saillies du fou sont cocasses, mais dépeignent des faits terribles et bien réels. De cet écart naît le malaise que l’on peut avoir en écoutant un vétéran de massacre. Il parle avec légèreté d’horreurs que l’on voudrait sacraliser. Tout imprégné des théories révolutionnaires, il débourbonnise à grand coup d’Être suprême.

« Charentonnais de bonne famille, je parle raison, non galimatias. Je repousse fatrasie, à peu près et charabia. (…) J’entretiens les jardins de mon esprit. (…) J’apprécie les lignes équilibrées, les espacements contrebalancés, les agencements symétriques : Le Nôtre est le mien. »

« Ils n’ont plus de romans ? Qu’ils mangent du monologue ! » Marie-Antoinette

Tout cela serait formidable si le pari n’était pas aussi éprouvant pour le lecteur.

« (Géricault,) Vous me rétorquerez peut-être : les mots font la chanson, et votre grelot sonne trop haut pour les oreilles ordinaires. Eh!… Que nous importent les oreilles ordinaires – n’est-ce pas à vous seul que je m’adresse ? »

Ah… Oui… Ben justement c’est peut-être le problème. Ecouter un fou brillamment divaguer est un pari magistral mais éreintant. Peut-être est-ce dû à la fatigue de la rentrée littéraire, j’ai eu bien du mal à terminer le livre. Mes oreilles ordinaires sans doute. Un manque de suspens peut-être aussi. Gageons donc qu’il faut lire ce livre lentement, sans chercher à le dévorer. Et laisser faire le grelot fou du possédé.

« Ces années de tempête furent celles de la jeunesse, des illusions de nos pères ; elles nous menèrent aveuglément jusqu’à la chute de l’Empire. Et sans doute sommes-nous morts d’y être nés. »

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