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Camarade Papa, de Gauz

5 Nov

Lu par… Anne

Intelligence et grâce

 

 

 

 

Camarade Papa, c’est le papa du petit social-narrateur d’une deux parties du roman bi-goût de Gauz. Parfum d’enfance d’un enfant noir en Hollande que l’on « renvoie » en Afrique, la tête farcie d’idéologie marxiste ; parfum d’exotisme sur les traces du jeune Dabilly qui part chercher l’aventure sur le même continent, alors enjeu de toutes les convoitises occidentales.

Les deux parcours, aux tonalités très différentes, sont vus comme un ressac, l’apport d’un flux dans un sens puis dans un autre, courant chargé de limon qu’il dépose d’une rive à l’autre.

D’un côté, le jeune Dabilly quitte donc son Indre et Loir natal à la fin du 19e siècle, aux décès de ses parents, mu par l’envie d’ailleurs et une sincère curiosité. Il arrive dans ce qui deviendra la Côte d’Ivoire où règne un bon gros bordel. Très vite, on lui signifie que « tout est à inventer, à commencer par nous-mêmes » et c’est indubitablement ce que Dabilly est venu chercher ici. Empreint d’une droiture candide, il navigue entre les différents colons, pas tous bêtes et méchants mais toujours assurés du bien-fondé de leur absurde entreprise. Assez vite, ce sont les autochtones qui retiennent l’attention de Dabilly, qui les observe de manière méticuleuse et bienveillante. Il apprend leur langue, s’épanouit à leur contact et s’éprend d’Adjo « Salgass » (pour « Sale garce », comme l’appellent les Blancs à qui elle se refuse), hiératique princesse Krinjabo qui jette sur lui son dévolu.

La partie de Dabilly est racontée avec un humanisme élégant dans une langue dont le classicisme sobre et travaillé évoque un peu les écrits anthropologiques d’un Théodore Monod.

Le ton de la partie du petit Communiste dont on ne connaît pas le nom est très différent, tout en humour et tendresse. Il faut dire que le petit, biberonné au discours marxiste-léniniste, l’a assimilé sans toujours bien le comprendre. Sa langue maternelle est donc un joyeux mélange de français, d’africanismes et de verbatim communiste, le tout approximativement digéré, donnant naissance à un style revigorant et inventif: « je suis né là. Je connais toutes les vitrines à bisous [les sex-shops] et elles me connaissent toutes. Lors des sorties de la classe populaire, je bonjoure toute la rue. Marko-le-jaloux me chuchote « Klootzak ! » Réaction: tirage automatique de cheveux et lutte de classe. On finit en lacets par terre. Les autres enfants de la classe populaire crient et rient, les maîtresses se follent […]. Marko se trompe : Maman ne vend pas des bisous. Maman est seulement une putain de socialiste, dit Camarade Papa. »

Et c’est ce petit garçon foncièrement multiculturel que l’on envoie en Afrique, dans un pays qui n’est pas le sien, pour renouer avec des origines avec lesquelles il n’a pas grand lien.

Sans vanter « le temps béni des colonies », Camarade Papa est donc un roman qui clame les vertus de l’échange (et non de l’échangisme, ne pas confondre) d’une subtilité dont beaucoup devrait s’inspirer, d’une érudition qui éveille la curiosité, et d’une inventivité langagière réjouissante.

Palmarès 2018

5 Nov

 

Dix ans ! Dix ans que, de blague potache en blague potache, nous achetons des livres, les lisons, et les critiquons. Dix années de travail acharné pour constater, avec une certaine lassitude mais aussi un naïf étonnement, que «la rentrée littéraire, c’est un peu surfait quand même». Le jury reste fidèle à ses principes : être teigneux quand c’est mauvais, porter la moustache et voter «en homme» (on ne sait toujours pas ce que cela veut dire).

Encore une fois cette année, le jury a fait le constat d’un battage médiatique surdimensionné, de l’autosatisfaction germanopratine repue et de ronds de jambe sans fin. Loin d’une autofiction affligeante de mollesse et de compromis, ils étaient quatre en finale :

  • Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (POL)
  • La Grande idée, d’Anton Beraber (Gallimard)
  • Camarade Papa, de Gauz (Le Nouvel Attila)
  • Le syndrome du varan, de Justine Niogret (Le Seuil)

 

LAURÉAT DU PRIX VIRILO 2018

Le meilleur livre de l’année 2018 est donc :

Camarade Papa

de Gauz (Le Nouvel Attila)

 

qui raconte la bêtise du colonialisme et de ses représentants et, parallèlement, la découverte drôlatique de la Côte d’Ivoire par un enfant qui y a ses origines et qui a été biberonné au marxisme léninisme intégriste des années 1970, dont il n’a retenu que quelques formules superficielles et un bel engagement révolutionnaire. Le livre de Gauz se lit avec l’urgence née d’un récit maîtrisé et intelligent, et la grâce d’un style unique et efficace, au service de son histoire. Comme nous, le Nouvel Attila vient de fêter ses dix ans.

 

LAURÉAT DU PRIX « TROP VIRILO » 2018

La rentrée littéraire manque parfois de talent mais jamais de testostérone. Pour récompenser cette giclure excessive, le Prix Trop Virilo a dû départager en finale Jérémy Fel, dont le héros se masturbe pourtant dans un chien mort, et le gagnant

Jean Mattern, pour

Le bleu du lac (Sabine Wespieser)

 

Dans un récit assez tiède, l’irruption de ce héros à la «bite magnifique» s’impose  avec douceur mais autorité, grâce à son personnage qui éjacule deux fois de suite dans son pantalon à la seule écoute d’un concert de musique classique, puis aborde la pianiste objet de son épandage en lui expliquant qu’il a gâté deux pantalons à cause d’elle, et qu’elle lui doit donc bien un repas. Elle accepte bien sûr cette invitation, ce qui lui vaudra par la suite de faire connaissance de ladite « bite magnifique ».

 

Que de surprises avec Brahms

 

Tout comme le Femina, le Virilo tire sa légitimité de son nom. Mais le Prix Virilo, ce n’est pas seulement le meilleur roman de l’année, c’est aussi un empire marketing, notamment une farandole d’accessits sans lesquels le Prix ne serait rien. Une rentrée littéraire, c’est en effet beaucoup d’ennui qu’il faut tromper.

La fête anniversaire de nos dix ans (ce vendredi, venez) sera l’occasion de révéler l’ensemble de nos accessits. Pour tenir durant cette insoutenable attente, en voici quelques-uns :

– Le Prix Pilon de la forêt qui pleure, cuvée Prix Prilon-Paprec© 2018, revient cette année à Jérémy Fel, pour Helena ;

– l’accessit «Fondation Hulot pour la nature, sauvez un arbre, achetez un PDF» de l’autrice qui a déjà reçu le prix pilon mais le mériterait de nouveau est attribué à Christine Angot pour Un tournant de la vie ;

– Le Prix de l’entregent et de l’entrejambe revient à Adrien Bosc pour Capitaine, ses liens familiaux et amicaux avec « Claude » (Lévi-Strauss, pas François !) et ses liens capitalistiques avec les maisons d’éditions ;

– l’accessit Jean d’Ormesson du titre le plus Jean d’Ormesson revient une dernière fois, comme il se doit, à Jean d’Ormesson pour Et moi, je vis encore, paru à titre posthume ;

– l’accessit «La gloire de mon père, le château de ma mère, les lauriers de mon frère, les secrets de ma cousine et les talents de ma belle-sœur» du récit pas forcément documenté ni intéressant sur un membre de sa famille revient collectivement à Laurent Seksik, Olivia de Lamberterie, Robert Badinter, Vanessa Schneider, Elisabeth de Fontenay, Michaël Ferrier, etc., et à l’ensemble de la rentrée littéraire 2018.

 

Retrouvez tous les autres accessits, du big data sous forme graphique, de l’alcool et de la mauvaise foi à la soirée anniversaire qui se tiendra le vendredi 9 novembre à partir de 19 h au Chai d’Adrien, 39 boulevard du Temple à Paris – RSVP. Le Prix sera remis à 20 heures.

Vous pouvez suivre l’événement sur notre page Facebook : https://www.facebook.com/leprixvirilo

Du big data sous forme graphique et plein de surprises avec les accessits !

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