Tag Archives: gallimard

Tropique de la violence, de Nathacha Appanah

24 Oct

Lu par… Alys

critique4

Moustache drue

 

Mayotte à feu et à sang

Moïse a été abandonné par sa mère comorienne à une infirmière française, à Mayotte, parce qu’il avait un œil vert et un œil noir. L’œil du Djinn. Devenu ado, le gamin est difficile, incertain sur ses origines. Un noir élevé comme un blanc. Et puis sa mère meurt brusquement d’une rupture d’anévrisme et il se retrouve livre à lui même, ou plutôt, livré à la rue.

La rue de Gaza, l’un des bidonvilles les plus dangereux de Mayotte. Cette île française abandonnée par la France. Et la, c’est la violence. Partout, tout le temps. Une voie sans issue. Une descente aux enfers, un point de non-retour. On l’appelle comme on veut, en bref c’est la merde. L’histoire est racontée des points de vue de Moïse, de sa mère adoptive, du chef du bidonville, et d’un représentant français d’ONG (à la masse, comme il se doit).

Comme son nom l’indique, c’est violent. Un livre coup de poing, qu’on lit vite mais dont on a du mal à sortir. Malgré un style parfois maladroit, surtout au début, des passages un peu hasardeux – quand l’un des narrateurs meurt et continue à raconter depuis l’au-delà – et quelques clichés, c’est un livre qui gagne à être lu. On s’endort un peu plus concerné, et donc un peu moins con.

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Mais aussi lu par… Charlotte

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critique4

Pas mieux

Derrière son lagon paradisiaque et sous ses feuilles de manguier, Mayotte brise cinq destins à force de violence. Cinq voix entremêlées qui révèlent chacune une facette de l’île. Beaucoup de choses sont dites ou suggérées en seulement 175 pages. D’habitude, c’est le contraire donc déjà, ça fait plaisir. Mais le texte n’est pas seulement « efficace », il recèle également une écriture sincère et une poésie sans arrogance qui tiennent le lecteur alerte tout au long du récit. 

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Un roman qui vous ouvre les yeux

 

Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo

23 Oct

Lu par… Charlotte

critique2

Pelage terne

 

L’histoire de Règne animal commence bien. Nous sommes en 1898, au cœur d’un élevage de cochons, la terre est grise et froide, les personnages durs au mal, et des odeurs aigres jaillissent presque de pages qui nous plongent très vite dans une atmosphère rude. Il y a quelque chose d’un Germinal porcin dans cette première partie du livre. 

A ce moment, on se retient encore de penser qu’un nouveau chef d’œuvre est entre nos mains mais on se plaît à croire que le 4e de couverture dit peut-être vrai quand il promet « un grand roman sur la dérive d’une humanité acharnée à dominer la nature, et qui dans ce combat sans pitié révèle toute sa sauvagerie – et toute sa misère. » Malheureusement, à l’épreuve des pages qui se tournent, l’expérience de départ ne tient pas. Si l’auteur a fourni un travail incontestable pour entraîner le lecteur au cœur de cette ferme et de ses habitants (amis férus de Scrabble, vous serez comblés), n’est pas écrivain de saga familiale qui veut.

Le rythme du début s’enlise un peu comme les bottes dans le purin. La musicalité du texte se brise et finit par nous éloigner des personnages, dont les portraits ne sont pas tous aussi léchés. On s’est attaché à Eléonore petite, on a craint sa mère et pris son père en pitié. On a voulu approcher Marcel, mais il nous est vite retiré. On s’est posé des questions sur Jerôme, Catherine, Julie-Marie, Gabrielle mais à ce stade du récit, on a perdu la patience d’attendre des réponses. Peut-être que Jean-Baptiste Del Amo a voulu trop en faire, trop en dire.

Il y a un peu de « trop » dans ce livre. A ce propos, on regrette – en même temps qu’on souligne – les nombreuses tentatives de l’auteur d’inscrire son œuvre au palmarès du prix Trop Virilo. C’est vrai qu’au milieu de la campagne hostile, de porcs malades et de vies molestées, le foutre des uns et des autres trouvait une place de choix. Avis aux jurés !

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Juré mimant Règne animal à ses camarades

Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre

21 Oct

Lu par Alys

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Mauvais poil

 

Ne vous affolez pas chers lecteurs, il ne s’agit ni d’un livre érotique, ni d’un mode d’emploi à usage de ceux, qui selon Google sont parvenus au terme de leur croissance, ayant normalement la capacité de se reproduire. Et oui, nous aussi on est déçus.
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Non, ici on parle de la mort d’une mère, « qui croyait à la joie de vivre », de souvenirs d’avant, de quand c’était bien, quand il n’y avait pas encore trop de touristes (surtout les Chinois hein), quand Pigalle avait encore une âme et les petits villages français une vie. Quand les Français étaient respectés dans le monde entier pour leur supériorité.
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Résidence d’artiste (vue de l’auteur)

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Bref, vous l’avez compris, un roman ultra passéiste, et encore, si ça n’était que ça, personne n’est jamais mort d’être un vieux con, et qui sait, on le deviendra peut-être tous.
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Le problème, c’est la prétention sans borne qui rend le truc quasi-illisible. La musique est forcément classique (et puis celle des grands noms, hein, pas le mec qui joue de la trompette dans la rue), et depuis quand exige-t-on des Français qu’ils parlent en anglais quand ils voyagent en Europe de l’Est (rendez-vous compte, ils sont meilleurs, du coup ils se sentent supérieurs, c’est un comble).
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Une moustache, parce qu’il ne nous a pas laissé indifférent, c’est juste qu’on a pas aimé.
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Halte-là, Benoît

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos

5 Oct

Lu par… Bérénice

ZERO MOUSTACHE dans mon cœur ! Mais de qui se moque-t-on !!

ZERO MOUSTACHE dans mon cœur ! Mais de qui se moque-t-on !!

 

 

 

 

« J’ai eu le prix Goncourt des lycéens ! Génial ! Mais bon, 450 000 exemplaires vendus, bien mais pas top. Si je faisais mieux, en m’inspirant vaguement d’un autre Goncourt des lycéens… La vérité sur l’affaire Harry Québert, tiens, c’était pas mal ce truc, ça avait plu à ma mère, à mes voisins, ça tapait large, tout le monde l’a lu. 1 500 000 exemplaires en français, tout de même, ça doit être cette histoire de livre retrouvé, pas de raison que moi aussi je ne fasse pas un truc à ma sauce avec cette base. Et puis on verra que, moi, j’ai des lettres ! Ce sera malin, ce sera gourmand… »

_ Extrait d’un monologue intérieur  de David Foenkinos, 6 mois après la publication de Charlotte.

Foenkinos nous raconte une histoire que je trouve trop ennuyeuse pour en faire un vrai résumé : un libraire breton (les noms en –ec ça fait à la fois chic et terroir), sis à Crozon, Finistère (ça c’est dégueulasse, parce que Crozon c’est vraiment joli et ça ne mérite pas d’être sali par association) s’inspire de Brautigan (« la Beat generation, c’est in, j’aurais l’air jeune », David F.) en créant dans un coin de sa bibliothèque un rayon des livres refusés à la publication. Couic, il meurt. Delphine on ne sait plus comment, éditrice talentueuse, jeune et visionnaire, en avance sur son époque, bref, un personnage chiant, sort avec un autre personnage chiant, Frédéric machin (on s’en fout, il est vraiment chiant), un de ses auteurs jeunes et talentueux mais incompris , son premier roman a fait un flop, ahlàlà qu’est-ce que c’est injuste le succès des autres quand on leur est supérieur, incompris, disais-je, donc ombrageux, et se comportant comme s’il avait douze ans, mais c’est normal c’est un auteur. A l’occasion de vacances familiales chiantes, ils découvrent dans ladite bibliothèque un manuscrit, que dis-je, un chef-d’œuvre, une pépite, Les dernières heures d’une histoire d’amour (ça raconte les dernières heures d’une histoire d’amour entrelacées du récit de l’agonie de Pouchkine, c’est subtil, ça veut sans doute nous dire qu’il faut changer peu de lettres au mot « amour » pour passer à « mort »). Et alors là, tenez-vous bien, c’est écrit par un mystérieux inconnu, Henri Pick, feu le pizzaïolo taciturne de Crozon, qui ne lisait jamais mais voilà, ahlàlà qui sait ce qui peut se passer dans la tête des gens.

Si vous pensez ce que j’ai pensé à cet instant là, sachez que vous avez raison et que comme vous n’êtes qu’au quart du livre mieux vaut s’arrêter là.

Bon, ensuite il se passe des trucs pendant plein de pages mais tout est chiant.

On va tout de suite distribuer le bon point : Foenkinos nous épargne, contrairement à Joël Dicker, les extraits dudit chef-d’œuvre qui prouveraient que, WOW, stupéfiant, mieux que tout ce qui a été écrit dans le monde jusqu’à présent.

Mais. David, permets-moi de t’appeler David. Stop. Arrête. On a compris. Tu te fais du mal. Et si, d’aventure, tu te faisais tout de même du bien, une chose est sûre : tu nous fais du mal.

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Juré qui souffre

David se croit très intelligent et cultivé. Comme il est subtil, il fait de petites références aux choses intelligentes qu’il écrit. A la 6e page, le libraire en –ec regrette de ne pas avoir de collègue capable de disserter sur l’usage des points de suspension chez Céline. Devinez avec quoi David ponctue tous ses dialogues et par quoi il les finit :

  1. Un petit smiley qui vomit ;
  2. Une insulte ;
  3. Une insulte pour l’intelligence du lecteur (des points de suspension).

Comme son texte est subtil, il se commente. De ça, de là, des notes de bas de page surgissent. Soit pour y développer des aphorismes dignes des plus grands Marc Levy (il ne faut jamais espérer lire la vérité dans le regard de quiconque, compris ?), soit pour se commenter lui-même, car pourquoi pas, il sera peut-être un jour au programme du bac de français, soit pour y caser ce qu’il n’a pas pu mettre dans le corps du roman, parce qu’il écrit mal.

David a de l’érudition. La preuve, il nous explique en une page et demie qui est Vivian Maïer (au cas où on loupe la référence de la phrase précédente, ça serait trop bête et puis c’est sympa, ça remplit, c’est en italique, c’est joli). Ciel que c’est lourd, toutes ces références qui veulent sans doute dénoncer un milieu, une époque.

David connaît le monde de l’édition et de la cause littéraire. La jeune éditrice ambitieuse est chez Grasset. Il y a plein de noms, et puis aussi on raconte les réunions, oh et tant qu’à faire si on glissait Augustin Trapenard là-dedans, après tout c’est cultivé, et puis aussi Ouest France, au moins ça leur fera plaisir, ils en parleront. Tout est élogieux pour tout le monde, c’est facile à retenir. Grasset ne publie que des chefs-d’œuvre, même quand le monde ne les reconnaît pas.

David est très cultivé et connaît le monde de l’édition. Comment justifier la publication d’un livre refusé à l’édition ? Citer Proust et Gide, pardi !  Bien écrire noir sur banc que Gide s’en est mordu les doigts avant de se rattraper. Je t’arrête tout de suite, David, tu es chez Gallimard et ça prouve juste qu’ils font des conneries dans l’autre sens aussi. Mais non, David ne s’arrête pas. Il met en note de bas de page la raison pour laquelle Gide avait refusé Proust : l’exemple d’une formulation jugée maladroite. Et là, David donne son avis (« magnifique image »). Merci David, sans toi je n’aurais su qu’en penser. J’aurais sans doute trouvé Proust maladroit, parce que tu l’avais écrit ! Ouf ! En revanche, ça ne t’excuse pas pour toutes ces images et métaphores sans queue ni tête dont tu nous assommes. Les mots ont un sens et, par exemple, « elle s’accrocha à lui démesurément », c’est nul.

Last but not least, David a des fantasmes. Des histoires de doigts, surtout, qui font pas mal d’effet, mais aussi celui de l’éditrice qui couche avec son auteur. Des histoires de lit vierge et de fellation au réveil, rien n’est excitant là-dedans mais on sent que pour David c’est chaud chaud chaud.

Las ! Soit c’est un génie de l’ironie (mais trop loin pour moi), soit, et il faut s’y résigner, c’est Marc Levy avec des prétentions littéraires et publié à la NRF.

Achetez ce livre si vous aimez vous ennuyer en compagnie de quelqu’un qui n’arrête pas de parler pour vous prouver qu’il est vraiment très intelligent, un peu comme ce collègue relou avec qui vous déjeunez une fois par an en regardant votre montre discrètement et en souriant d’un air poli, mais en moins intéressant.

Légende, de Sylvain Prudhomme

3 Oct

Lu par Bérénice

critique2

poil sec

 

Légende, de Sylvain Prudhomme, possède une très belle photographie de couverture et un résumé alléchant. Deux choses dedans m’ont poussée à l’acheter : la mention de Madagascar – la cuvée 2015 ayant rendu incontournable le sujet des outre-mers – et celle d’un constructeur de toilettes sèches publiques – chacun ses failles.

Soupe aux cailloux et aux herbes sauvages

Dans la plaine de la Crau, 500 km2 de terre caillouteuse et sèche mais au foin AOC au sud des Alpilles, deux hommes devenus amis se racontent, l’un plus que l’autre. Nel, fils et petit-fils de berger, enfant du pays devenu photographe, fasciné par cet Anglais providentiel qui sait tout faire et, à ses heures perdues et néanmoins nombreuses, s’improvise réalisateur.

 La sciure et les cailloux créent presque une tenture de western ; la Crau s’y prête. Sylvain Pruhomme  réussit avec succès à unir, dans ses premières pages, l’esprit du lecteur et l’oeil de Nel, photographe perché. La lisière de cette plaine fourmillant d’activité industrielle, Arles hors-les-murs du désert, activités modernes auxquelles aboutissent les rubans d’asphalte, tout ce qui n’est pas vent et herbe paraît malveillant, signe de progrès douteux et de civilisation contestable.

Dans la Crau, pourtant, une discothèque. Vingt-cinq ans de night-club sudiste, drainant les habitants du coin sur plusieurs kilomètres, dépassée par son succès et en jouant à la fois, entre meuglements de locaux et taureaux alcoolisés. La Chou, c’est son nom, devient hype (et pourquoi pas, mais c’est difficile à croire).

Matt, l’Anglais entrepreneur qui neutralise les odeurs, découvre les lieux, ses habitués, leur nostalgie. La Chou a fermé, elle s’est éteinte après des années d’épidémie du sida et de transhumances humaines. Elle revit, le temps d’une soirée, comme Renaud à l’Olympia : c’est très médiatisé, on sait que ça sera sera mauvais mais tout le monde y va, moitié par pitié, moitié pour pouvoir dire y être allé.

L’âge d’or de la Chou est mort, et aussi les cousins de Nel, les frères Fabien et Christian, ados de facto émancipés et qui fascinent Matt comme ceux qui les ont connus. Fabien surtout, enfant solaire derrière ses persiennes, à la coterie indéfectible, le hante, et au travers lui Christian, le petit, le paumé.

Discothèque de province, une allégorie (crédits François Prost)

Discothèque de province, une allégorie (crédits François Prost)

Légendes anecdotiques

Tout est légende, chez Sylvain Prudhomme : la Chou, Olympe de la Crau ; Fabien et Christian, Romulus et Remus, Caïn et Abel locaux ; jalousie de  Nel envers Matt lorsqu’il voit lui échapper sa famille et ses secrets, son héritage, Héra pastorale ; grand-mère Josette impotente, babayaga urbaine ; Fabien, joueur de flûte nocturne.

Autant de légendes, c’est trop pour en construire une seule, même familiale, même unique. Tout se bouscule et la légende que poursuit Matt se révèle être un sujet de Jean-Pierre Pernaut, spécial Camargue.

Le récit se perd dans son déroulement et chaque évènement reçoit in fine le traitement réservé tant aux toilettes sèches publiques de la quatrième de couverture (quelque part un varan mort les bouche, à environ 3/4 du livre) (ont-elles été absorbées par l’entrepreneur neutralisateur ?) qu’à Madagascar (des parents y habitent, un cousin y retourne, il s’y trouve des papillons, c’est finalement inutile et un peu boring).

Deux scènes se placent au-dessus de la multiplication des pains littéraires : l’interview d’un ex-mineur des Cévennes, nom de scène Lolita, habitué estival et qui, post-veuvage, déménage pour pouvoir chaque soir être Iphigénie, puis ce souvenir de Nel, ravivé par la visite des souvenirs, de sa grand-mère refusant son champ à des campeurs allemands, par haine atavique.

Camouflet herculéen

Tout ceci aura peut-être mérité trois moustaches si Sylvain Prudhomme n’avait pas mis en exergue une citation du « Prométhée délivré » d’Eschyle. La Crau, c’est ce champ où Hercule put faire face à l’armée entière des Ligures grâce à l’intervention providentielle de Jupiter, c’est cet héritage de cailloux tombé du ciel à travers les siècles.

Ni Hercule ni Prométhée ici ne combattent, si ce n’est eux-même, personne n’est replacé dans le panthéon auquel il appartient de droit. Surtout, Eschyle avait d’Hésiode élimé les accessoires, les éléments inutiles et, dans sa troisième tragédie, fait d’Hercule son principal héros. Or, dans Légende, tout est fouillis, tout est anecdote et Hercule-Fabien, ou Hercule-Christian ne se battent pas contre une armée de Ligures, il se battent contre eux-même, le dragon des mythes herculéen pré-Eschyle, l’auteur qui transforme la Tarasque en armée ennemie pour la beauté du mythe.

Il n’y a d’ennemi qu’intérieur, Hercule est mort, Prométhée ne sera pas délivré. Légende est trop loin des légendes, ça ne fonctionne finalement pas.

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Héros antique, une allégorie

 

NB : Le Prix Virilo a beaucoup aimé l’article – élogieux – de Mediapart consacré à ce roman, dans lequel le protagoniste Fabien est constamment appelé « Damien ». Trop de fiches de lectures de stagiaires tuent la fiche de lecture.

 

Mémoires d’Outre-mer, de Michaël Ferrier

30 Oct

Lu par Philippe

Moustache nostalgie

Moustache emballée

Le livre de Michaël Ferrier, Mémoires d’outre-mer, n’est pas exempt de défauts :
– Le pitch est trompeur et s’apparente à une trahison de l’éditeur  : l’opération Madagascar, préambule à la solution finale nazie, est totalement survendue sur la 4° de couv’, ce n’est tout simplement pas l’objet du livre, au mieux un détail de l’histoire… (Avec un petit « h ». C’était moins une…) ;
– L’auteur y est plus présent que dans son précédent et excellentissime « Fukushima« , pour peu de choses ;
– Il se la pète grave avec son amoureuse qui est une escrimeuse chinoise que ses potes aimeraient se taper ;
– Les moments de poésie, quand il parle de la nature et ses contemplations, sont moins nombreuses que dans le formidablissime « Fukushima ».
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Le fait qu’il se trouve dans la sélection finale du Prix Virilo malgré ces agaçantes scories témoigne d’autant mieux de sa qualité.
Le fait que je préfère ce livre au Chevillard de l’année est une preuve indubitable de mon affection pour le style de cet auteur singulier, qui -je dois l’avouer par honnêteté intellectuelle- a donc lui aussi un grand-père enterré dans le cimetière de Mahajunga.
Mais partager un peu d’Histoire coloniale et familiale ne fait pas un coup de cœur littéraire. Encore fallait-il être à la hauteur de son récit, mais aussi des rêves et projections fantasmées d’un lecteur bercé par les récits malgaches de sa famille depuis le plus jeune âge.
Michaël Ferrier a réussi ce qui me semblait presque impossible, grâces lui en soient rendues ; il faut bien du talent…
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Egalement lu par Paul
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critique3

Moustache inégale

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PLAIDOYER POUR CLIPPERTON
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Nous avons coutume, au prix Virilo, d’étoffer nos lectures de rentrée d’ouvrages d’auteurs qui ont l’audace un peu folle de vivre en-dehors du Paris intra-muros de la littérature française – c’est-à-dire au nord de la rue Jacob ou au sud de la Closerie des Lilas. Cela nous conduit souvent à de très heureuses découvertes.
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L’audience de notre site internet est d’ailleurs la récompense de cette diversité puisque le Prix Virilo est lu dans l’ensemble du monde francophone – ce dont nous ne sommes pas peu fiers – et plus particulièrement dans les Outre-mer. Salutations moustachues aux 35 lecteurs se connectant régulièrement depuis l’île de la Réunion, aux 18 Polynésiens, aux 11 Guyanais, sans oublier notre infatigable et seul lecteur de Saint-Pierre et Miquelon, qui est un peu notre chouchou.

Comme moi, ces lecteurs auront peut-être trouvé que l’ouvrage de M. Ferrier, en fait d’Outre-mer, était surtout un prétexte pour narrer la vie formidable de son aïeul (et par ricochet la sienne), s’inscrivant ainsi dans une trajectoire plus familiale que géographique. Trajectoire qui par endroits confine à ce mal français que l’on désigne pudiquement sous le terme de delphinedeviganisme.

Bien entendu cela n’enlève rien à la fraîcheur du récit de Ferrier, qui est distrayant et donne véritablement envie d’aller passer du temps Madagascar.

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D’autres Outre-mer que le mien

Seulement voilà, quand on choisit d’intituler son ouvrage « Mémoires d’Outre-mer », peut-être faut-il aussi prendre le temps de quitter le sentier familial. Car les rares excursions de Ferrier hors de Madagascar font plouf. Je copie-colle ici le passage dédié à Clipperton :

« Et l’île Clipperton, à douze mille kilomètres de la France mais qui est la France quand même, depuis le 28 janvier 1931, par l’arbitrage de la Cour internationale et du roi Victor-Emmanuel III d’Italie. Le saviez-vous ? Nous avons des compatriotes en plein coeur de l’océan Pacifique, dans l’atoll le plus isolé du monde (selon les savants calculs de l’Union internationale pour la conservation de la nature), dans cet amas de graviers, de sables coralliens et de guano, peuplé de reptiles, de crustacés et de poissons, tous français comme vous et moi. »

« Le saviez-vous? » On aimerait partager l’extase de l’auteur devant cette découverte… mais quiconque s’intéresse un tantinet à l’histoire des territoires français dans le monde sait que nos compatriotes clippertonais ne sont aujourd’hui pas légion.

Ce qui ne veut pas dire que l’histoire de l’îlot est dénuée d’intérêt, bien au contraire. On en a même fait des romans et des films. Ce paragraphe du récit, aussi court soit-il, aurait sans doute pu s’en faire l’écho, et ainsi illustrer l’intérêt de l’auteur non pas pour « son » outre-mer mais pour tous « les » outre-mer.

Ce détail pourra paraître anecdotique à certains mais s’il est un message que porte l’Outre-mer – que nos lecteurs éloignés me pardonnent de m’exprimer en leur nom – c’est sans doute celui-ci : « nous ne sommes pas des anecdotes ».

Vue septentrionale de Clipperton. Aucune moustache à l’horizon.

La nuit de Walenhammes, d’Alexis Jenni

28 Oct

Lu par Bérénice

Docte moustache

Docte moustache

Alexis Jenni livre encore une fois un roman exigeant et travaillé, un héros ballotté à la fois face aux luttes sociales et livré en pâtures aux événements mystérieux qui se déroulent à Walenhammes sous la houlette des mystérieux Brabançons.

C’est pertinent c’est beau mais peut-être un peu trop, justement, trop long, trop écrit pour figurer dans le chapitre sur l’hypotypose des manuels de français.

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Moins efficace que « l’Art français… » comme instrument d’autodéfense dans les transports publics.

D’autres critiques des romans d’Alexis Jenni par ici messieurs dames.

La terre qui penche, de Carole Martinez

28 Oct

Lu par Gaël

Moustache médiévale

Moustache médiévale

Carole Martinez creuse son sillon onirico-médiéval, avec application et tendresse.

Le livre tranche incontestablement dans le paysage littéraire, on l’aimerait parfois un peu plus nerveux.

Courtesy No Salad Thanks

D’autres romans de Carole Martinez par ici.

 

Lu par Bérénice

Moustaches fluviales

Moustaches fluviales

L’Oragé, de Douna Loup

28 Oct

Lu par Bérénice

Moustache absolue

Moustache ravie

Madagascar, île lointaine et immensité inconnue ; face à la récurrence qui semble se dessiner sous les jaquettes de la rentrée, les jurés ont un instant craint l’installation d’une résidence d’écrivains outre-mer, nouveau transsibérien à la mode 2015. Galant, Mercure nous a détrompé (cette blague est offerte par le portail wiki des maisons d’édition).

Douna Loup raconte quatre années, de 1920 à 1924, de la vie des lettres malgaches, incarnées par Rabearivelo, jeune poète qui a choisi le français, et Anja-Z (Esther), poétesse de dix ans son aînée farouchement attachée à sa langue maternelle. Récemment passée sous l’autorité de Galliéni (en 1895), Madagascar est francisée, passée au filtre de la colonisation et de son sentiment de supériorité, Madagascar est ravalée, utilisée, abêtie. Aux racines de l’indépendance, quatre ans seulement suffisent à l’émergence d’une littérature ancrée dans son île, indubitablement malgache quelle que soit la langue dans laquelle elle s’écrit. Après un bref prologue qui court de 1907 à 1927, Douna Loup s’attache alternativement à la parole des deux poètes. Roman d’initiation autant que cri de liberté, E et R, comme Loup les désigne, s’épaulent et s’empoignent dans Antananarivo. Pacte scellé lors de leur première rencontre, ils veillent l’un l’autre à leur esprit créatif et critique.

R grandit, s’affirme, façonne sa liberté. Ce qu’il en fera est laissé au lecteur, ce dernier saura juste qu’E est demeurée poétesse et que R l’est devenu. L’ensemble est entrecoupé d’extraits percutants de la presse coloniale de l’époque. Symptomatiques, ces courtes phrases soulignent avec habileté le propos sans sombrer dans une fréquence qui tiendrait du procédé ni tenir la main au lecteur.

Une femme comme repère
Fière moustache malgache

Fière moustache malgache

Esther est la figure centrale de ce roman presque poésie, femme libre et autogouvernée, seule figure de proue de sa propre cohérence. Dans l’Antananarivo des années 20, cette indépendance demande du courage. Amante du français Malvoiz, journaliste dont on ne sait trop qui il est, ni ce qu’il pense, ni ce qu’il cherche, et de quelques autres, elle refuse toute domination et aspire à être sans contrainte. Inconnue (du moins me semble-t-il) de nos parcours ombilico-métropolitains, sans doute car elle fait le double affront de ne ne publier qu’en langue hova et d’être une femme, elle donne, en français pour une fois, une leçon de langue.

On croise quelques figures périphériques de ce monde de création, entre littérature et politique, mais on ne s’éloigne jamais des deux protagonistes, réplique du tiraillement qui vit en R entre langue maternelle et français pollinisateur. Ce tumulte créatif, E, souveraine de sa langue, en profite, funambule assurée, pour tracer le chemin. R s’en nourrit, s’étoffe, en profite pour picorer au passage au jeu de la séduction, dont on doute qu’il l’intéresse vraiment, et recherche sa voix, celle qui inclut et surpasse les prétentions civilisatrices.
La parole en morceaux

 

Loup permet, par une langue très poétique, se nourrissant de vocabulaire malgache, un roman où la richesse des mots tient une place prépondérante, sans négliger de brosser, beautés évocatrices, les odeurs planant sur les les collines, la lourdeur des couchers de soleil un rien grandiloquents et de ses levers un peu poussifs et le fourmillement de la vie posée sur la poussière. Poreuses à la poésie, les phrases de Loup sont ciselées, suspendues, reprises. Le rythme est réinventé par les dialogues et les scènes où le corps s’émeut.
Le mélange élégant entre poésie, éclairage d’une période sur laquelle on s’est ensuite entendu pour jeter un voile pudique et personnages historiques toutefois méconnus est brillamment mené.

Le bercail, de Marie Causse

27 Oct

Lu par Bérénice

critique3

Moustaches de guerre

Un projet très touchant, liant seconde guerre mondiale et histoire familiale dans un roman en dyptique : un joli roman, vif et bien tourné, d’une centaine de pages, suivi du récit des recherches historiques de l’auteure, au ton peut-être trop personnel, pas assez littéraire, pour que cela me convainque réellement.

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