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Un certain mois d’avril à Adana, de Daniel Arsand

4 Oct

Flammarion

Lu par Anne

Moustache virilo-turque

Un certain sens du titre à rallonge


Avril, 1909 en Cilicie (pour ceux qui dormaient pendant les cours d’histoire de Mme Martin, ça se trouve en Turquie). Vahan Papazian retourne à Adana, la ville qui l’a vu grandir, orphelin recueilli par son oncle. On comprend très vite que Vahan fuit l’homme qui a juré sa mort, jadis son ami. Ce n’est pourtant pas le repos et la tranquillité que Vahan va trouver dans cette ville où depuis des siècles les Turcs musulmans et les Arméniens chrétiens cohabitent bon an mal an. Une malheureuse histoire d’amour entre un Turc et une Arménienne déclenche la colère aveugle de la communauté turque qui entreprend de massacrer, torturer, violer systématiquement tous les arméniens de la ville.

Dans la vallée d’Adana

Du potentat local au poète arménien, les prémices du génocide sont évoqués à travers une multitude de personnages forts, bouleversants, vivants. Grâce à l’écriture magnifiquement ciselée, lyrique et raffinée de Daniel Arsand, l’on perçoit non pas tant les motifs de cette haine destructrice que l’amour et l’espoir qui subsistent au coeur de l’inconcevable. Les causes du massacre, on les comprend bien vite. Tout autant que la haine irrationnelle qui anime les Turcs, haine que la littérature cherche à appréhender depuis longtemps, c’est l’espoir qui nous tient en alerte aux côtés des protagonistes et nous touche dans notre humanité.

Loin de chercher à faire pleurer gratuitement dans les chaumières, ce roman captivant est avant tout une élégie à la gloire de ceux qui vécurent à Adana.

La carte et le territoire, de Michel Houellebecq

27 Oct

Editions Flammarion

Lu par Xavier

Qu’il figure dans la liste des livres sélectionnés pour le Prix Virilo 2010 n’empêche nullement un membre du jury d’indiquer son désaccord à cet égard. Il faut dire que n’ayant pas lu le livre le jour de la sélection (oui, nous sommes transparents. Chacun indique ses coups de cœur, et une fois la liste établie, chacun s’engage à lire tous les livres qu’il n’a pas encore lus. Séance de rattrapage donc ici avec le Houellebecq).

Houellebecq, c’est cool. Ca se lit bien. Tellement bien qu’on pourrait l’avoir écrit. Sauf la description des situations incongrues de société, que Houellebecq réussit mieux que nulle autre. Comme ce vernissage de photos de cartes Michelin Jed Martin, artiste-personnage principal du roman, avec ces commerciaux de chez Michelin qui ont dû passer plusieurs heures pour trouver comment « s’habiller en artiste ».

Pour le reste, mouais bof. Houellebecq souffre ici de la proximité d’auteurs qui ont réellement bien écrit et mener leur barque romancière. Ses histoires avancent mais manquent de profondeur. On lit, on sourit, on acquiesce, mais jamais on ne s’ébahit.

Les derniers jours de Stefan Zweig, de Laurent Seksik

18 Oct

Flammarion

Lu par Claire

Début des années quarante, Stefan Zweig et sa jeune nouvelle femme, Lotte, s’exilent au Brésil, poursuivis par la haine nazie. Le bonheur fragile du début de l’installation cède rapidement place au retour implacable du malheur de l’écrivain.

Stefan traîne son désespoir de ce qui arrive à l’humanité, et perd peu à peu l’envie de continuer à se battre dans un monde pareil. Lotte, dévouée corps et âme à cet homme qui parfois l’oublie au milieu de ses pensées noires, le suit silencieusement dans ce processus qui aboutira à leur mort à tous deux.

Sensible comme beaucoup à l’œuvre de Zweig, le livre de Laurent Seksik était un appel à la lecture. On se demande au début comment il a pu oser, et puis réussir, à parler à la place de ce pilier de la littérature. On ne sent pas dans le récit de Seksik une dépossession de l’auteur, une intrusion obscène dans sa vie privée. On sent plutôt un attachement réel à cet homme exceptionnel, et l’envie de lui rendre justice de cette manière, d’essayer d’analyser le processus qui a abouti au suicide. Mission délicate s’il en est. Il s’agit de garder tout au long du livre la conscience qu’il s’agit d’une hypothèse, d’une version forcément personnelle, bien que documentée, de Laurent Seksik sur la fin de Stefan Zweig. Malgré cela, ne transparaît pas derrière les lignes la main de Seksik qui chercherait à nous convaincre et à affirmer que cette version est la bonne.

C’est un livre qui se lit bien, et qui donne envie de se replonger dans l’œuvre de Zweig.

Cependant, certains risquent tout de même d’y voir une atteinte à l’intégrité de l’auteur.

Il s’agit d’un roman, à lire et apprécier en connaissance de cause.

Katiba, de Jean-Christophe Rufin

12 Mai

Flammarion

Par S.D et N.D

En fait de poils, il y a un peu partout dans ce roman politico-stratégico-islamico mais ce sont davantage des poils de barbus que de moustachus. La trame est simple comme un réseau d’Al-Quaida : des touristes tués en Mauritanie, une fonctionnaire au Quai d’Orsay dont la personnalité est nécessairement moins simple qu’on l’imagine, un médecin espion qui découvre l’amour, une boîte de renseignements, un Robin des Bois du désert dont on découvre le vrai visage en fin de roman et le Sahara. Rien de moins – mais rien de plus.

On se plonge vite dans un style grand public (phrase courte, petites digressions, pas de mot de plus 4 syllabes) et dans l’intrigue. On a envie de savoir le fin mot de l’histoire. On se dit qu’on aurait pu lire la page Wikipedia du roman pour ne pas perdre de temps. Le roman fini, un bref coup d’oeil sur la quatrième de couverture laisse perplexe : « Académicien ? A la place d’Henri Troyat ? Ah ouais… Bon ben il y a des choses qui ont dû m’échapper… »

L’Hyper Justine, de Simon Liberati

24 Oct

Flammarion

Lu par François H-L

Deux êtres partagent plus que le milieu futile, bourgeois et misérable dans lequel ils évoluent ; une femme les unit. Le premier personnage, un escroc assez flamboyant aimant la vie facile, est son fils. Le second personnage, une vieille lesbienne atteinte de la maladie d’Alzheimer, travaillant sur le nouveau scénario de Sofia Coppola, a été sa maîtresse. Durant une soirée en apparence normale (drogue et décadence au pays des biens nés), ils tentent de se souvenir et se confrontent à leurs impasses et à leurs faiblesses. Le hasard les conduira à une entrevue aussi fulgurante que décisive.

L’auteur confie en quatrième de couverture qu’il aimerait qu’on lise son roman d’une traite, encore faudrait-il qu’il soit correctement écrit et agréablement composé. On retient certains passages de qualité qui révèlent un certain talent littéraire, mais on est surtout étonné par le gâchis avec lequel ce talent est développé. Le name dropping, la tentation du roman à clé, la volonté absolue d’être fin de siècle (ou de race) fait de ce livre une œuvre brouillonne et peu digeste. Il y avait pourtant tant à tirer de ces personnages et de leur rencontre !

Je vous raconterai, d’Alain Monnier

16 Oct

Flammarion

Lu par Marine

Il semble qu’une certaine inculture en termes cinématographiques aide à l’appréciation positive de ce roman. Car il semblerait que le thème traité, celui d’un homme qui s’adonne à ce péché humain qui est de défier la mort (à l’aide d’une roulette russe), soit déjà pas mal parcouru.

Mais, possédant cette précieuse inculture, j’ai été à même de trouver quelques qualités à ce livre dont la langue est bien tournée et dont l’histoire est plutôt prenante.

Cependant, mon inculture ne m’a empêché d’être agacée par toutes les séries de réflexion plus ou moins métaphysiques dont Alain Monnier n’a pas su protéger son roman. Il est vrai que le contact de la mort (et de mystérieux riches russes, que l’on imagine mafieux) n’aide pas. D’ailleurs, plus on se rapproche du dénouement final (on ne peut ni défier la Mort ni coucher avec la belle femme du gros mafieux russe sans perte), plus elles se font insistantes. Et ce qui collait plus ou moins bien avec le récit devient franchement pesant.

Ceux qui marchent dans les villes, de Jean-François Dauven

12 Oct

Flammarion

Lu par Stéphane

Dix chapitres racontant dix histoires se passant dans dix villes d’Europe différentes pendant un même été caniculaire.

Les personnages secondaires d’un chapitre deviennent les principaux d’un autre, liant ainsi toutes les histoires les unes aux autres. Au programme: Lisbonne, Paris, Londres, Rome, Bruxelles, Marseille… et aussi, au milieu de tout cela, Portosera. Une ville qui, sauf erreur de ma part, n’existe pas. Inventée donc. C’est pas mal.

On se laisse entraîner par les descriptions des villes, bien qu’elles soient un peu systématiques à mon goût, dans le genre, je vais vous montrer le vrai visage de la cité, celui que les touristes ne connaissent pas. Beaucoup de descriptions de plats, vins et alcools divers aussi, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Une structure que je trouve intéressante. Les liens entre les personnages apparaissent progressivement, ce qui crée un certain suspense.

Enfin, décrire une ville qui n’existe pas, au milieu de neuf autres bien réelles, est une super idée romanesque. D’autant que cette ville imaginaire a beaucoup de charme.

Mais…

Superficialité des personnages et des « intrigues », goût du happy end, absence d’humour et surécriture des dialogues nuisent à ce roman (« c’est une piètre excuse », « c’était le moment de l’épater », « le blanc-bec, c’est toi! », etc.).

Il restera donc une agréable lecture de plage, sans plus.

L’homme qui ne savait pas dire non, de Serge Joncour

11 Oct

Flammarion

Lu par François H-L

A partir d’une situation originale et amusante, celle d’un homme de notre temps qui n’a jamais su dire non, Serge Joncour tisse un ouvrage réjouissant. Le Marcel Aymé du Passe-Muraille n’est jamais loin et, sous couvert de fantaisie et d’un humour souvent mordant, le roman mène une critique acerbe de la société qui est la nôtre, où la dictature des apparences et la bien-pensance, la nécessité de consommer pour exister ou la peur d’être différent gangrènent jusqu’aux relations sociales. Au fil de la quête du héros pour retrouver ce mot de trois lettres qui lui manque, quête qui passe par l’écriture ou plutôt par la réécriture de soi et de sa lignée, on découvre un roman d’un niveau satisfaisant qui évite l’écueil qu’aurait constitué l’addition de saynètes comiques provoquées par l’incapacité du héros, mais qui ne fait pas l’économie d’un certain nombre de facilités stylistiques (imbrication un peu artificielle de la narration et des tentatives littéraires du héros, surreprésentation des dialogues notamment).

En résumé un roman attachant et porteur de plus d’implications qu’il n’y paraît.

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