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Ma philosophie… d’un boudoir à l’autre, de Nadine de Rothschild

2 Fév

Albin Michel

Lu par Xavier P.

Nadine de Rothschild, avouez que ça pèterait le jour du verdict du prix Trop Virilo. Tout moustachu esthète qui se respecte jamais ne refuserait de péter dans la soie, et si possibilité il y a de s’y adonner gaiement avec l’ambassadrice autoproclamée du savoir-vivre, aucune raison de s’en empêcher. Mais pour que la baronne puisse prétendre à son postiche, encore faut-il que sa plume soit conquérante. Or, a priori, peu de chance d’être élu avec ses « carnets », tout « intimes » soient-ils, tant l’empilement de phrases pseudo philosophiques ressemble à une porte dérobée pour aller faire le tour des plateaux télés plutôt qu’une fenêtre apportant à l’édifice littéraire de 2010.

Si ce n’était le titre d’ailleurs, on aurait probablement passé chemin. « Ma philosophie… d’un boudoir à l’autre » outre l’évocation sadienne, nous met en posture d’imaginer Nadine se faire fesser à sec une coupe de champagne dans la main droite. Pages tournons ; mots lisons. Et d’abord cette préface où la baronne donne au jury du Virilo, à un mot près, son slogan pour 2010 : « Il faut garder l’œil (la moustache) qui frise si l’on veut faire un beau parcours et surmonter toutes les embûches qui se présentent sur la route ».

On apprend aussi dans cette préface que Nadine entend faire œuvre de philosophie, une prétention qui plait bien.

Car c’est en théoricienne du couple que Nadine de Rothschild publie ces carnets. Un couple qui serait bien  moderne s’il était l’idéal du siècle dernier. Il faut pourtant remonter à 1870 pour reconnaître en sa vision de l’amour une actualité et un discours autorisé. Ci-dessous un florilège de citations que ne renierait pas le plus Viril des hommes. Tantôt légère, quand « en amour on ne paye pas l’addition avant d’avoir été servi », souvent coquine puisqu’il « faut toujours laisser la cage ouverte pour que l’oiseau puisse revenir », et parfois « Bisiouesque » (du nom de notre lauréat Trop Virilo 2008 avec le roman « Enculée ») quand elle nous conjure de « ne jamais dire « sûrement pas », mais « pourquoi pas ? ». » Car « tout homme, même fidèle, est esclave de ses hormones ». D’où le fait que « pour arriver au but, j’ai du prendre quelques sens interdits ».

On aime cette philosophie féminine qui clame qu’ « aimer, c’est renoncer à dominer », et nombre d’hommes jury Virilo se sont rassurés d’apprendre que « coucher avec un homme laid mais intelligent est la jouissance suprême ». Car chacun au Virilo acquiesce qu’un « homme sans esprit, c’est comme une femme sans poitrine ».

Mais trop souvent, Nadine va trop loin. On refuse cette idée que, « en entrant dans les bureaux, les femmes sont sorties des chambres à coucher ».

Son humour la sauve, cependant. Ne parlons pas ici de son humour à l’argent. Mais proclamer parmi les grands de ce monde « mon opéra préféré ? La pute enchantée », c’est classe.

Ce qui résume les carnets de la baronne, en fin de compte, est cette citation page 44 : « Être féministre ou féminine, il faut choisir ». Autant, par son existence, le Prix Virilo s’est opposé au Fémina, son pendant sans poil, autant Nadine de Rothschild se montre Trop Virilo par sa vision de la féminité. Et aurait pu s’appliquer à elle-même cet adage qu’il faudrait asexuer : « Mesdames, ne parlez pas si rien ne vous y oblige ».

Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute, de Maurice G. Dantec

12 Oct

Albin Michel

Lu par Thomas

La cavale d’un couple atteint par une étrange neuro-virus qui connecte leur cerveau à la station Mir et au jazzman Albert Ayler. Dantec nous livre ici un roman totalement hallucinatoire et halluciné. Véritable road-trip imaginaire dans un pays ultra-policé, le récit de cette cavale souffre d’un manque de structure ancrée dans le réel. Les connexions entre Mir et Ayler sont difficilement mises en avant. L’écrivain semble aussi atteint par ce virus de la « défonce » et quelques incohérences ne facilitent pas la compréhension de l’œuvre. A réserver au public averti à la SF à la française et amateur d’improvisation stylistique.

Le passage du col, d’Alain Nadaud

10 Oct

Albin Michel

Lu par François H-L

Sur une trame en apparence banale, la fugue d’un écrivain occidental et son  installation dans un monastère bouddhiste au Tibet, Alain Nadaud propose un roman tout en nuances. Si l’œuvre, servie par une écriture sensible et extrêmement maîtrisée, reste un très bon roman d’aventures avec ce que cela évoque en termes de rebondissements et de dépaysement par la découverte d’une culture différente, elle est aussi un hommage vibrant à l’écriture. Des séquences oniriques nées de la vie monacale et des hautes altitudes décrivent en effet les vies antérieures du narrateur et expliquent ses divers choix littéraires. N’est-il alors que des vocations en la matière ? Rien n’est simple car l’auteur joue brillamment avec les motifs, les genres et les niveaux fictionnels (fiction, autofiction, autobiographie ? réalité ou fantasme ?) On s’étonne et se délecte de cette imbrication de registres narratifs. Entre roman d’aventures, trompe-l’œil et quête identitaire, Alain Nadaud compose un ouvrage excellent résolument singulier.

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Lu par Bertrand

Un écrivain s’ennuie chez lui, doute de ses capacités, de la vanité de son oeuvre. Quoi de mieux qu’un voyage au Tibet pour se retrouver ? Embarqués sur les sentiers himalayens, nous partageons les longues marches de l’écrivain derrière ses guides. Et nous aussi, on a du mal à supporter le rythme, on manque d’oxygène. Accueilli dans un monastère tibétain durant de longs mois, notre écrivain-reporter découvre la dure réalité de la vie monacale rendue plus difficile encore par l’oppression chinoise. En s’adonnant à la méditation et à la sieste, le narrateur trouve les réponses qu’il était venu chercher et pourra, de retour à Paris, établir sa généalogie d’écrivain sur un arbre de la connaissance. Un écrivain qui se regarde écrire et qui nous écrit des pages sur sa vanité assumée. Et si c’était vrai ?

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