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La nuit en vérité, de Véronique Olmi

22 Oct
Poil pubien adolescent

Poil pubien adolescent

Éditions Albin Michel

Lu par Claire

Pitch déroutant, livre étonnant

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C’est celui qui l’a dit qui l’est

Enzo, douze ans et beaucoup plus de kilos, vit avec sa mère Liouba dans un immense appartement parisien bourré d’oeuvres d’art. Seulement voilà : Liouba est femme à tout faire au black pour le compte de patrons toujours absents, et vit avec son fils dans une petite pièce de la demeure. Les dits patrons, dans leur grande magnanimité, ont permis à Enzo d’être inscrit dans le collège huppé du quartier : une chance qui a fait son malheur. Trop gros, trop pauvre, trop solitaire, Enzo déchaîne les mesquineries adolescentes. Pour ne pas peiner sa mère suffisamment pitoyable, jeune-vieille « encore dans ses vingt (ans) » ; Enzo souffre en silence et engloutit des montagnes de nourriture pour calmer son angoisse affolante. Happé dans un quotidien de plus en plus mortifère, il s’échappe dans des rêveries historiques et fantastiques. Enzo Popov, quelle idée, aussi, d’avoir un nom pareil…

La finesse d’une écriture poids lourd

nuitLe coup de maître de Véronique Olmi consiste à aborder des sujets douloureux sans apitoiement, tout en usant d’un style poétique et d’un art consommé de la retenue dans l’émotion, dont l’association produit bien plus de densité et de véracité que ne le ferait un réalisme forcené. Etrangement, le lecteur creuse son trou auprès de Liouba et d’Enzo, séduit par la maturité du garçon et la fragilité de la mère, pressé de savoir jusqu’où cette spirale du ras-de-bol emmènera ce couple singulier, emporté par la magie inattendue qui imprègne le récit. Car ce qui sauve la mère comme le fils, c’est ce désir latent de liberté et d’échappée hors des conventions et des obligations, deux concepts dont ils souffrent déjà dignement.

Ce roman peut encore paraître, ainsi caché par ce résumé, rempli de bien-pensance et de fioritures. Parions que vous serez surpris les premiers de votre propre intérêt.

Province terminale, de Damien Malige

10 Sep

Duvet terminal

Gallimard, « L’Arpenteur », 180 pages

 Lu par Philippe

Je est un autre, en tout cas on l’espère pour lui…

Voilà ce que l’on est tenté de penser à propos de l’auteur la dernière page lue. Son héros est un jeune homme en classe de terminale, vivant dans une province floue et semi-urbaine, au sein d’une famille bourgeoise… Et il file un mauvais coton ce p’tit merdeux : Défonce à l’alcool, cercles néo-nazis, cauchemar obsessionnel prennent vie par la plume subjective, efficace et parfois ornée de l’auteur.

Entre l’Eros et (surtout) le Thanatos d’une fin de lycée, Malige peint avec talent les dernières illusions romantiques violées, la douleur lorsque les repères disparaissent, l’ennui et la médiocrité desquelles on ne peut s’extirper, bref, l’adolescence.

(Alors vous allez me dire « Dis donc, t’as passé une drôle d’adolescence »…)

Le Las Vegas Parano de Châteauroux

Le terrible duvet long

Le livre est réussi à bien des égards : Il aborde des thèmes riches sous-traités dans la rentrée littéraire (la bourgeoisie de province et son adolescence, les engagements mous…), il anime la petite frappe de héros avec brio et empathie, mais il surprend surtout par le malaise constant et oppressant qui suinte des pages. Voilà le vrai tour de force.

Vous avez un temps pensé que Cure avait tout pompé à Indochine ? Vous allez peut-être adorer ce livre. L’auteur nous offre là une sorte de Las Vegas Parano français, mais en plus malsain.

« Jamais, jamais d’un coup deux lièvres » Joey Starr 

Hélas, le résultat reste vain, car l’auteur court trop de lièvres à la fois, emberlificote le coeur du roman d’un suspens maladroit car bâclé. Les dernières pages partent en sucette et pourraient donner un nouveau sens au livre si elles n’étaient balancées en deux chapitres rapides. C’est rare de dire cela, mais il manque à ce livre 100 pages.

NB : Enfin marquera-t-on au stylo 4 couleurs, et dans son agenda, la magnifique exergue de Desnos en première ligne du roman, tout en réfléchissant au problème que pose les trop bonnes citations : «Ils ne se forment aucune idée du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du néant. Car si notre espèce doit périr, elle périra de dégoût, d’ennui.» C’est bien là le programme de vos 180 prochaines pages.

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