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Le Sacret, de Marc Graciano

6 Oct

Lu par… Bérénice

Je prévois une autourserie dans les plans de ma future maison

 

 

 

 

Le sachiez-vous ? Un sacret est un oiseau de proie de la famille des Falconidés. Qu’il est reposant de lire un livre où le héros n’est pas un homme.

Oui

Quatre-vingt pages et une seule phrase, qui s’enroule et se déroule autour de l’oiseau trouvé blessé par le garçon. Marc Graciano nous enlève dans ses rets moyenâgeux, et c’est une danse entre mots précieux et ce de tous les jours qui encore une fois se colle tout contre mon cœur.

Le garçon qui recueille l’oiseau n’est pas de noble naissance mais l’oiseau es indiscutablement à lui : il l’a soigné et sauvé. Alors, il est invité à participer à la chasse seigneuriale. Oh, loin derrière tous ceux et celles de rang, mais là, avec l’autoursier qui connaît tous les oiseaux et leurs techniques.

C’est une très belle scène de chasse, qui ne prétend pas occulter la violence de la chasse à l’oiseau.

« […] ce fut un choc violent qui fit culbuter ensemble le levraut et l’oiseau, et souleva de fines parcelles de terre et des brins de pelouse, puis, quand le levraut fut bien certainement empiété et immobilisé, l’oiseau de proie lui fracassa le crâne avec son bec mais sans toutefois l’avoir déjà tué, puis lui creva et lui dévora les yeux, ce qui fit pousser au levraut des piaulements très aigus et peur et de souffrance […] »

On halète avec les hommes et on regarde l’oiseau. On retrouve ici l’écriture de Marc Graciano, audacieuse, qui a fait son surgissement avec ses premiers livres en dépit d’une petite baisse de régime avec Au pays de la fille électrique. Le tableau mental de l’époque est à la fois évocateur et intemporel, le talent est présent.

Mais

Certes, pas d’homme = pas de viol. Merci. Mais, Marc, Marc, Marc.

80 pages.

80.

Dans cette si petite collection de Corti.

Marc, on SENT que c’est un bout de truc. Un extrait ? Un travail spécifique ? Une demande d’éditeur ?

Je suis tombée amoureuse de cette écriture avec de vrais longs livres qui me transportent et m’emportent, enfin ! Marc, on s’en fout si ton éditeur a dit que ça ne vendait pas, de toute façon tu es publié chez Corti. Ça ne vend pas, ne te mens pas. Pas de 5 moustache tant que je n’ai pas un au moins 250 pages dans les mains. Ecris un long livre, de nouveau.

Stp.

Pas de poisson dans cette histoire COURTE

A son image, de Jérôme Ferrari

5 Oct

Lu par… Alys

Corsé

 

 

 

 

L’histoire démarre à l’enterrement d’Antonia, une jeune femme photographe qui s’est tuée en voiture sur les petites routes corses. Le roman avance au rythme de la messe, conduite par son parrain. On découvre la vie d’Antonia, en Corse bien sûr, dans le décor un peu triste du combat nationaliste, où les femmes grandissent « femmes de », et les hommes guerriers, obsédés par les armes. Sur fond de scission du FLNC, la jeune femme se libère petit à petit de ce cadre patriarcal et décide de partir documenter la guerre en Yougoslavie.
Brinquebalée entre sujets sans intérêts commandés par la presse et sujets obscènes refusés par cette dernière, Antonia prend conscience de la difficulté du rôle du photo-journaliste de guerre, qu’on envoie sur le terrain pour témoigner d’atrocités que personne ne veut voir.
Un roman splendide et juste sur la destruction, la violence, et bien sûr, sur la photographie. Un roman également bien documenté (ça fait plaisir de voir qu’il y a encore des auteurs français qui bossent).
« Personne n’a énoncé ce paradoxe plus clairement que Mathieu Riboulet  : « La mort est passée. La photo arrive après qui, contrairement à la peinture, ne suspend pas le temps mais le fixe. » »

Avec tout ça on a des envies de voyage

Taqawan, de Eric Plamondon

4 Oct

Lu par… Gaël

3 moustaches (de siluriforme)

 

 

 

Après Un mal terrible se prépare et Loup et les hommes (Prix Virilo des maternelles (& crèches) 2018), la saison québécoise 2018 se poursuit avec Taqawan.

Ce roman, qui semble connaître un certain succès pour un éditeur canadien et discret mais porté par un bon bouche à oreilles, décrit des événements en marge d’un des grands conflits entre le gouvernement québécois et les Amérindiens vivant dans les réserves qui ont eu lieu dans les années 1980. Le 11 juin 1981, trois cents policiers québecois débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mi’gmaq (les « Micmacs » de la propagande coloniale), en délicatesse avec la réglementation sur la pêche, elle-même en délicatesse avec le mode de vie traditionnel de ces Autochtones, qu’ils tentent de préserver.

« Un roman noir, un récit historique, un livre de contes, un pamphlet politique », dit le site de l’éditeur, à quoi on pourrait ajouter : un traité sur le cycle reproductif des saumons, une collection d’anecdotes sur la vie passée et présente des Autochtones du Québec, une évocation semi-nostalgique du Québec enfui des années 1980 (il se trouve que ces journées ont également révélé au monde ébahi la jeune Céline Dion), un récit initiatique de sortie de l’adolescence. Au moins. Et ça finit par devenir un handicap plutôt qu’un atout, en tout cas dans un petit livre d’environ 200 pages. Aucune des facettes n’est vraiment explorée à fond, même si chacune d’elle est sympathique et plutôt bien menée (oui on peut bien mener une facette ; il n’y a pas de raison que seuls les auteurs publiés puissent se permettre des métaphores hasardeuses). Autre revers de la même médaille, on a parfois l’impression que l’auteur a voulu caser l’ensemble de son travail de documentation et le lien avec l’intrigue ou le propos devient parfois ténu ou extrait au forceps (même si on apprend plein de choses sur les mythes et traditions des Mi’gmaqs, ou sur la fraie du saumon) (extraire un lien au forceps, pas de problème !).

Si Taqawan vous a plu, ou vous a agacé par son manque de cohérence, je vous recommande sur un sujet très proche (et écrit par un homme qui est partie prenante des luttes amérindiennes depuis trente ans) La femme tombée du ciel de Thomas King, très bien traduit chez Philippe Rey, beaucoup plus marquant et avec une très jolie photo de couverture.

Vous apprendrez, entre autres, que la pêche au saumon a été introduite au Canada par les officiers de George III

Le Sillon, de Valérie Manteau

3 Oct

Lu par… Anne

Si vous êtes déjà partis à Bodrum avec le Club Med

 

 

 

 

Si la Turquie vous passe là

 

 

 

Alors que les attentats viennent de frapper Charlie Hebdo (#marronnierlittéraire 2018), l’auteure-narratrice se demande pourquoi cet événement suscite l’émoi dans le monde entier et se lance sur les traces de Hrant Dink, journaliste d’origine arménienne assassiné en 2007 dans l’indifférence quasi-générale.

Je n’ai pas beaucoup aimé ce texte pour plusieurs raisons. D’abord [ !!! Spoiler alert !!! ] parce que je l’ai acheté sur la foi que le sillon en question était au pire mammaire, au mieux inter-fessier. Erreur. Il s’agit du nom du journal où travaillait Hrant Dink. [Fin du spoil] Ensuite parce que je confesse un manque de curiosité patent envers la Turquie contemporaine, ses méandres ethniques et politiques, sa modernité et ses passéismes. Que l’auteure me le pardonne, l’ennui que j’ai éprouvé à cette lecture n’est sans doute pas de son fait (bien qu’un livre plus palpitant aurait peut-être su me sortir de mon marasme intellectuel).

En contrepartie, je vais vous livrer ma recette des lasagnes aux légumes :
Pour 4 personnes, il faut : des pâtes à lasagne, des légumes (éviter les légumes comme les patates, le riz, le ketchup ou les pâtes), de la béchamel, du fromage râpé.
Faîtes cuire les légumes de préférence à la poêle, pour que leur eau s’évapore.
Préparez la béchamel. Je la fais avec des laits végétaux type lait d’avoine parce que ça donne un petit goût sympa. Faites fondre du beurre, en quantité « gros comme ça ». Ajoutez de la farine pour faire un roux (mais ça ne sentira pas). Ajoutez votre liquide (lait ou lait végétal, je n’oblige personne). Fouettez si des grumeaux se forment.
Lorsque les légumes sont cuits et la béchamel aussi, disposez une couche de pâtes à lasagne au fond d’un plat à gratin préalablement beurré. Ajoutez une couche de légumes puis une couche de béchamel et enfin une couche de pâte. Répétez l’opération jusqu’à épuisement des ingrédients et terminez par une épaisse couche de fromage râpé. Enfournez pendant 40 minutes environ.
Parfois je fais réaliser ces lasagnes par un ami, c’est encore meilleur. La recette est alors sensiblement la même, à cela prêt qu’il vous faudra introduire un ami dès la toute première étape de la préparation.
Bon appétit et peut-être bonne lecture.

Vous pouvez aussi faire faire vos lasagnes de légumes par un cheval

Le poids du monde est amour, de David Thomas

2 Oct

Lu par… Bérénice

Jardiniste

 

 

 

 

La production de David Thomas est affligeante.

Petit florilège :

  • Dans le prologue, on attaque direct avec des poncifs en bloc, petites phrases qui se veulent sans doute touchantes, percutantes, représentatives d’une plus grande vérité. Le principe (je n’ose dire la technique) qui consiste à mettre en italique ce langage parlé de tous les jours est-il le meme de la rentrée littéraire 2018 ? Il est vrai que Maria Pourchet l’utilisait, elle, pour servir un propos.
  • On l’attendait, et oui, bravo, le voici ! Arrivée un peu tardive du racisme (page 18) qui ne déçoit pourtant pas : un homme mentionne qu’il a eu sa période « femmes mariées, puis très grandes, puis africaines, puis rousses ». Ah ben oui, un petit fétichisme colonialiste de derrière les fagots, y’a que ça de vrai.
  • On note en page 20 un effort pour coller au mieux aux tags du site du Prix Virilo : « J’aimerais qu’on m’explique pourquoi TOUS les hommes avec qui je couche essayent de me sodomiser. » C’est pour mieux enchaîner avec l’homophobie de « Ou quoi, les hommes sont en fait tous des homosexuels refoulés ?« . #sodomie
  • Puis, un personnage d’amie. « Je suis la bonne copine […] à qui on claque les fesses. » Meuf, change d’amis et de livre, ton auteur ne te mérite pas.
  • Les fantasmes sexuels mâtinées de Jardinisme (pitié), après le Jeanteulisme et le Slimanisme : « Il m’a tendu une ordonnance pliée en deux avec un sourire rassurant. Il y avait écrit : « Deux rapports sexuels par semaine pendant un mois« . » Ben oui la femme en question est déprimée mais n’a pas de raison de l’être (l’inconscient n’existe pas), donc elle a juste besoin d’être baisée. Et ce n’est pas comme s’il n’y avait pas, en 2018 encore et toujours, des abus et violences de la part des professionnels de santé. Un classique, on adore.
  • Quatre pages sur des gens qui gueulent en boite et ne se comprennent pas, avec plein de majuscule, comme une trèèèèèès longue blague carambar.
  • Un accouchement est présenté de la manière suivante : la sage-femme annonce que le col est suffisamment ouvert, la femme va donc bientôt accoucher (lol, non). Elle installe donc les étriers (ah oui, la fameuse position gynécologique, très efficace dès qu’on est à 10). L’homme, qui raconte (forcément) ne souhaite pas se voir infliger une « expulsion ».
  • Signalement à l’ASE : une mère qui a un enfant qui n’est pas en âge de parler prépare le dîner pendant que ladite enfant barbote dans son bain.

Foutez la paix aux meufs

La remarquable platitude du propos (être un couple c’est s’endormir sans faire l’amour) est enchâssée dans un sublime catalogue de misogynie. Les femmes sont les tentatrices, les folles, les jetées, les obsédées, les violentes, les lunatiques. Page 15, c’est une femme extrêmement bien gaulée sur laquelle tous les hommes fantasment et qui, bien sûr, aime cela. Elle se masturbe même la fenêtre ouverte car vraiment on n’en fait pas assez pour tous ces être à couilles, heureusement qu’on leur donne un peu de soi. Plus loin, une autre aime seulement les queues, surtout les voir, elle se masturbe en les regardant. Tout de même, elle « ne [sait] pas si [elle] est lesbienne« . Le protagoniste homme, lui, aurait « aimé débander, pour ne pas la satisfaire« .

Puis, « Quand je suis seule, ce qui m’arrive plus souvent que d’être en couple, je ne peux pas m’endormir sans visualiser le visage d’un homme. »

Quand les femmes sont trop belles, elles sont en couple avec un homme laid puis s’enlaidissent pour mieux le rejoindre.

Quand un homme choisit de rester à la maison pour favoriser la carrière de sa femme, il devient le récipiendaire de la charge mentale et finit par faire chauffer la CB au Printemps, histoire de. Cet alignement de bêtises crasses seraient risibles si elles ne prétendaient pas parler d’amour.

Bref, racisme, homophobie, Jardinisme, misogynie. Superbe panel. L’auteur essaye vaguement de saupoudrer d’un peu de culture. Le Kaïros, Brautigan (so 2016), le désert des Tatares font inopinément leur inutile apparition au détour d’une page.

Glissez-moi Barthes quelque part

Des analyses politiques de fond

Ce qui se veut une réflexion sur la vie et l’amour au fil des âges s’accompagne d’observations politiques aux petits oignons. Oh pardon. Je recommence. « Roman multi-choral dressant avec justesse et tendresse les différents états de l’amour tout au long de la vie, David Thomas sait être désopilant au hasard d’une comparaison. » (petit carton que vous pouvez conseiller à tous les mauvais libraires).

Il en va ainsi de certaines positions sexuelles. « Pas de levrette, trop capitaliste. 69, oui, ça c’est du sexe équitable, je ne donne jamais de plaisir si je n’en prends pas aussi. » Oulala, qu’est-ce qu’on se marre à se foutre de la gueule des meufs qui mangent bio.

Des conseils immobiliers bien sentis

« Pendant vingt-cinq ans, j’ai été un homme qui a cherché une femme. Un jour, j’en ai eu assez et j’ai décidé de devenir propriétaire. » Bien vu, les taux sont bas en ce moment alors que sur les femmes ce n’est pas le cas.

Au passage, les hommes qui vont chez les prostituées dans cet ouvrage sont seuls et en immense besoin de tendresse, bien entendu.

Waterloo

C’est un contresens total à l’occasion d’une métaphore qui permet à cet ouvrage de s’enfoncer toujours plus profond dans la boue de la médiocrité. En effet, une comparaison vraiment très subtile de l’amour et de la cavalerie napoléonienne de la part d’un type qui couche avec la sœur de son pote est proposée au lecteur quelque part dans le premier quart du livre, voyez plutôt l’objet de la métaphore : « il faut foncer dans le tas« .

Personne ne peut ignorer que si c’est bien la cavalerie de la Garde impériale sous le Premier Empire qui est visée, il s’agit là d’une force armée qui n’est utilisée qu’en dernier ressort.

Échec sur toute la ligne.

 

Il n’y avait pas de femme en VEFA alors j’ai pris un duplex.

 

Le malheur du bas, d’Inès Bayard

1 Oct

Lu par… Gaël

Juré agacé d’avoir failli s’y laisser prendre

 

 

 

 

Après le Jeanteulisme, un nouveau vent souffle sur la rentrée littéraire : le slimanisme. Plusieurs années de travail ont permis à de grands mathématiciens-littérateurs d’en synthétiser la description en une équation d’une pureté imparable :

S = (r+ṡ) c

 

Avec :

S = indice de slimanisme
r = indice de racolage
ṡ = indice de non-style
c = indice de cliché

Le jeune prodige hongrois Öttökar Bronn-Zalesky sur le point de remporter le prix Goncourt de mathématiques

Attention : cette équation est parfois écrite de manière plus littéraire, elle prend alors la forme suivante : « Un sujet dérangeant, traité dans un style au cordeau », mais il s’agit bien de la même chose. L’indice de Slimanisme peut-être un indicateur avancé du taux de Goncourisme.

L’indice de Slimanisme de Le malheur du bas apparaît en première analyse très élevé. Décryptage par une de nos meilleures équipes de scientifiques.

Indice de racolage

Commençons par l’intrigue : Marie, jeune femme heureuse et à laquelle la vie sourit sous la forme d’un conforme bourgeois assumé, vit un drame, qui aboutit à ce qu’elle assassine son mari et son bébé (no-spoil alert : on le sait au bout de trois pages).
Le drame (spoil alert : il faut aller jusqu’à la quatrième de couverture pour le savoir), c’est qu’elle a été violée par son patron. Elle tombe enceinte dans la foulée, et pense que l’enfant est de lui. Elle choisit comme réaction le silence (on ne peut condamner cela, c’est malheureusement la vérité de la logique du viol dans de nombreuses situations) et s’enferme dans un engrenage infernal.
Voilà, un sujet bien sordide, qui se termine par un infanticide au terme d’un cercle vicieux de silence. Ca vous suffit comme racoleur ? Ça parle de sperme, de fluides, tout le monde vomit tout le temps (Marie, plusieurs fois ; Laurent, le mari ; Roxane, la soeur de Marie) et quand Thomas, le bébé, naît, un liquide vert sort de ses fesses. Plus tard il a des fistules anales. Le mal-être est donc rarement décrit avec subtilité.
Le racolage se fait souvent au détriment du vraisemblable le plus élémentaire : au bout de trois pages, Marie empoisonne son mari, dont le début de l’agonie est décrit de manière atroce et spectaculaire, puis donne tranquillement de la compote à son fils qui l’absorbe… L’enfant n’est pas du tout paniqué par la vue de son père qui bave et râle en rampant sur le sol.
C’est donc forcément très dérangeant, comme un film d’horreur qui tire sur toutes les grosses ficelles pour vous faire frémir. Ça n’est pas forcément bien, ni intéressant pour autant.

Indice de non-style

C’est très peu écrit. Le rythme est monotone, les phrases très homogènes, les constructions et le vocabulaire pauvre. Au bout de vingt pages je me suis mis à guetter la première subordonnée relative. Elle arrive p. 57 : le « choc qu’elle a ressenti ». Franchement, je l’ai vécu avec elle.
Certaines locutions nécessitent un grand effort d’interprétation pour avoir un sens, sans qu’il ne s’agisse réellement de métaphores, juste des phrases un peu maladroites par manque de relecture et de travail d’édition : « Le temps ralentit, se fige, oppresse l’espace. » ; « Les va-et-vient commencent à s’engager, d’abord lentement puis très fort. » ; « On entend le bruit de l’eau, par forte pression. » ; « Marie aurait toujours ressenti la peur irrationnelle de se faire violer aux yeux de tous » ; « Marie voudrait lui balancer à la figure, mais […] » (oui comme ça, « balancer » devient intransitif) ; « Ces lourds rebords qui fomentent la justice et qui ne sont en fin de compte que très peu négociables lui assurent depuis toujours un confort, […] ». Bref.

Indice de cliché

Au début du livre, tant que la vie de Marie est à peu près normale, le « détail vrai » devient synonyme d’ennui (c’est si vrai qu’on se croirait effectivement en réunion de présentation des résultats, p. 30). Le personnage d’Hervé, le collègue de Marie, homme de 50 ans gentil mais qui n’ose pas quitter son mariage en plein naufrage, est tellement cliché. Un client de son agence (Marie est conseillère dans une banque) s’appelle « M. Geignard », c’est un vieux monsieur qui aime boursicoter. Ce qui se passe à son travail est aberrant : p. 125, un extrait du manuel de formation Comment mal gérer un problème de harcèlement au bureau : la méthode c’est de convoquer inopinément la personne accusée, alors qu’on n’a aucune preuve ni pris le temps d’enquêter, et de confronter directement l’accusée et l’accusatrice.

Marie et Laurent vivent dans un Paris kaléidoscopique, reconstruit d’après Google Maps par des ET relativement bien informés : « De nombreux commerces et boutiques bordent les grandes arcades de la place de la Nation jusqu’à la place de la République ». Vivant moi aussi dans ce quartier, je n’ai jamais vu ces arcades mais elles font partie des nombreux détails qui visent à souligner le glamour superficiel de la vie du couple. Par exemple, pour aller de la Place Monge à Charonne, ils passent par le Louvre (plus stylé que l’Institut du monde arabe). Vivant à Charonne, Marie fait le marché rue Mouffetard. Toutes mes excuses à nos lecteurs ne vivant pas à Paris, mais ces quelques détails spatiaux sont vraiment absurdes, il suffit de regarder une carte.

Extrait du plan de Paris de Marie ©JMP

Après le travail, la ville, les personnages sont également modelés dans la glaise du cliché, animée par la volonté créatrice de l’auteure : l’héroïne, d’abord, est tellement cruche ! Son vélo fracturé, elle est terrassée par la panique, n’ose pas prendre le métro pour trois stations. C’est la cause initiale du drame. Grâce à son indice de cruchisme, elle parvient à ignorer que :

Son mari est un gros connard indigne. Elle ne peut même pas lui dire qu’elle n’a pas envie de sexe avec lui. Plus tard, quand Marie (durant quelques pages d’un suspens sehr sehr subtil) refuse de voir qu’elle est enceinte, il lui offre de manière solennelle un test de grossesse avant même de lui avoir parlé d’une éventuelle grossesse, et devant son refus de faire le test puisqu’elle est certaine de ne pas être enceinte il dit « Fais-le alors, si tu es si sûre de toi. Je sais
ce que je dis, tu es ma femme et je connais ton corps. Je t’attends ici. » Plus tard pendant l’accouchement il pousse sur son ventre et introduit sa main dans son vagin pour élargir l’ouverture de ce dernier. Quand l’enfant a deux mois elle ne veut pas faire l’amour, il lui arrache des relations pas vraiment consenties. Il ne se rend absolument pas compte pendant 200 pages qu’elle est au fin fond de la dépression. P. 210 elle est malade, elle a de la fièvre, première
réaction de son mari : il lui caresse le sexe ! Laurent ouvre également le courrier personnel de sa femme. Il tombe donc sur une expertise psychiatrique mais non, il ne s’intéresse pas à l’état d’esprit de sa femme.
Ses amis également. Paul, le meilleur ami de Laurent, paraît en première approche plus chaleureux. D’ailleurs pour mettre en valeur ce trait de sa personnalité il est introduit par une bonne grosse blague raciste : « Et voilà qu’elle recommence ! On n’est pas dans la médina ici, chérie ! » (la chérie en question a préparé un couscous).
Sa famille est également totalement à la masse. Quand son mari part dix jours à New York, Marie reste seule dans l’appartement, elle ne sort pas, ne se lave pas, mange uniquement de la nourriture de fast food et se saoule, détruit l’appartement. Sa mère s’en rend compte en ramenant Thomas au bercail. Elle range tout et… c’est tout. Plus tard, la sœur de Marie trouve une lettre que cette dernière a écrite, où elle explique toute la situation. Roxane va déjeuner avec sa sœur, lui dit qu’elle a lu la lettre, et que Marie doit avouer la vérité à Laurent parce qu’elle « n’a pas le droit de lui faire ça ». En fait elle traite sa sœur comme une criminelle : elle s’est fait violer et pense que l’enfant est du violeur plutôt que de Laurent, donc elle doit confesser à ce dernier. Sa sœur n’a pas un mot pour son désespoir, pour le drame qu’elle a vécu.
Elle continuera à insister, mais uniquement pour que cet aveu ait lieu. Personne, à aucun moment, ne lui demande ce qui ne va pas, ne lui conseille d’aller voir un psy, voire ne déclenche une hospitalisation à la demande d’un tiers qui se justifierait pourtant largement.
Elle a le droit à un tout petit peu de contrôle sur sa vie : Laurent décide que Paul, qui est gynéco, va suivre sa grossesse… en plus Sophia, la femme de Paul, vient assister à la première échographie. Paul dit à son « amie » : « allez ma petite […] On va voir si le papa a bien travaillé. ». Marie se déshabille devant son amie qui assiste toujours à l’examen. Elle va toujours au cabinet avec son mari alors qu’elle a l’impression qu’en parler à Paul serait une amorce de solution, mais elle ne se dit jamais qu’elle pourrait l’appeler et prendre rendez-vous sans en parler à Laurent. A un moment, persuadée que Thomas est le fruit maudit du viol, elle imagine avorter clandestinement. C’est pas con, et c’est l’occasion d’une petite leçon sur la réglementation de l’avortement. Mais on n’en entend plus parler, manifestement elle a renoncé, pourquoi ?

Tous ces clichés posent trois problèmes, en réalité, au-delà de l’agacement :

– Les personnages sont tellement incroyables, à la limite de la non-assistance à force de manque d’empathie, que le drame psychologique finit par ne plus tenir la route. L’auteure semble d’ailleurs n’avoir aucune idée réelle de ce que vit son personnage : « Marie comme Mathilde ne sont pas dépressives. Elles ne sont pas tombées dans la drogue, l’alcool ou la prostitution. » Hein ? C’est ça le signe de la dépression ? L’aboulie totale, l’incapacité à aimer et à ressentir l’amour, l’amorce de psychose paranoïaque qui pousse à croire que son enfant n’est pas de son mari, ça ne sont pas des symptômes ?

– De manière très artificielle (par la construction de personnages ou de situations monolithiques, étanches et immobiles), l’auteure interdit que l’histoire bouge. On comprend après quelques usages du procédé que, quoi qu’il arrive, aucun personnage ne dira rien et ne fera en sorte d’aider Marie (surtout pas Marie elle-même). Donc la trajectoire est uniforme et prévisible, d’autant qu’on connaît la fin dès le début puisque la scène d’ouverture, c’est le meurtre de Laurent et Thomas, doublé du suicide de Marie. On parcourt cette trajectoire d’autant plus rapidement qu’elle est lubrifiée par les moult fluides précités. Ça glisse.

– Le personnage principal est en révolte contre tout et tout le monde, mais jamais pour les bonnes raisons. Elle ne se révolte pas contre cette famille qui n’essaye pas de l’aider, qui semble se désintéresser totalement de ce qu’elle vit alors qu’elle manifestement en train de sombrer dans les abîmes du malheur. On a donc l’impression que le patriarcat le plus dégueulasse, le racisme à certains moments, même le viol, ça n’est pas le problème. En fait on ne comprend pas trop le problème, à part une sorte de révolte adolescente contre le fait que la vie de couple, ça n’est pas l’amour comme dans les magazines. Analyse digne de Beigbeder. Mais c’est alors que p.125 on comprend tout : Marie a lu Jelinek. Inès a voulu faire du Jelinek ! D’ailleurs dans Lust les personnages sont désignés par leur seul prénom, comme dans ce livre. Le problème c’est que Jelinek, malgré tous les doutes qui ont pu être exprimés sur Lust, avait un propos fort, sur les fantasmes féminins et masculins et l’effet de domination de ceux-ci sur ceux-là, sur l’Autriche Thomas Bernardienne n’ayant jamais fait le ménage dans sa psyché collective. Elle avait aussi une langue. C’est là où la formule du slimanisme prend tout son sens : l’absence de propos potentialise l’absence de style, en la portant à la puissance cliché.

 

Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam

30 Sep

Lu par… Alys

Roulées au chanvre

 

 

 

 

Farah grandit dans une communauté hippie dans le Sud-Ouest de la France. Entourée de sa grand-mère LGBT exhibitionniste (« Ayant toujours clamé que le soutien-gorge était la mort des seins, elle ne semble pas réaliser que les siens coulent désormais parallèlement à son thorax, mamelons en bout de course à trente centimètres de leur lieu de naissance et battant la breloque au moindre mouvement« ), d’une mère ancien mannequin névrosée (« elle ne sort plus : elle gît sur les coussins de son canapé Mah-jong, parle d’une voix chavirée et agite des mains dolentes en direction de son staff : Marqui, Kirsten et moi, respectivement époux, mère et fille de cette élégante épave« ), d’un père qui jardine des plantes psychotropes, mais aussi d’un gourou Dieu du sexe et d’une farandole d’autres personnages un peu cinglés, elle atteint tant bien que mal l’adolescence.

Elle observe son monde avec une certaine sagesse et pas mal d’humour : « La vie est mal faite, et les couples mal assortis : ma mère, qui s’accommoderait très bien d’un partenaire comme Victor, aux érections rares et mollissantes, se retrouve avec mon père, qui la presse et la harcèle pour qu’elle consente à lui ouvrir les cuisses« .

Envahie par l’ennui si propice à l’adolescence, et à l’occasion de ses seize ans, elle décide, grâce à l’intervention du gourou Arcady, de découvrir son corps et la sexualité. Le premier s’avère un peu déconcertant, coincé à mi-chemin entre la femme et l’homme, la seconde débridée, intensive et instructive : « Dans sa grande perspicacité, Arcady a saisi le moment très exact où mon royaume risquait de ne plus me suffire pour y déchaîner l’orage tant attendu, la passion orgiaque, le grand chambardement. Je suis insatiable, mais il ne l’est pas moins, et c’est bon, de sentir son amour, son désir, sa juste appréciation de ce que je suis, en dépit de mon intersexuation, de ma gueule à la Stallone, et de mes rêves à la Farrah Fawcett. »

Farah continue son apprentissage jusqu’à l’irruption d’un clandestin dans la communauté, qui, ayant décidé de se baigner à poil tous les soirs dans le lac du domaine, va bouleverser sa vie l’emmener, hors de la communauté, vers l’âge adulte.

Un roman à l’écriture efficace, précise, rythmée et très drôle. Un coup de cœur de la rentrée littéraire.

Que fait la Miviludes ?

Mon frère, de Daniel Pennac

29 Sep

Lu par… Alys

I’d rather not

 

 

 

 

Il y a des années à sexe, des années à rires et des années à morts. Cette année, on est bien dans une année morbide. Après celles et ceux qui se suicident, qui meurent d’un accident ou qui tuent, voici celui qui pleure son frère juste mort. Le narrateur revient longuement sur leurs moments de complicité pendant l’enfance, la distance qui les a séparés à l’âge adulte, etc. Le tout entrecoupé (quasiment une page sur deux) de passages du magnifique Bartleby de Melville. C’est d’ailleurs le seul intérêt qu’on y trouve.

Melville ? Mettez m’en une bonne moitié.

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

28 Sep

Lu par… Jean-Marc

Encore une chimio

 

 

 

 

Si un jour, les petits-enfants de Lagarde et Michard écrivent une histoire de la littérature des années 2000, ils devront s’intéresser de près à Ça raconte Sarah, roman illustrant très bien les impasses des écrivains aujourd’hui.

Il y a d’abord l’intrigue qui ne s’embarrasse pas de rebondissements : deux femmes se rencontrent, s’aiment, se séparent. Quelques quais de gare, une housse de couette, un quatuor à cordes font office de décors. Peu importe au fond mais ce cadre est celui d’un univers connu : l’entre-soi parisien. Et la possibilité d’un name-dropping moins fastidieux que celui d’un Delerm Père & Fils©, mais néanmoins assez prétentieux.

Il y a ensuite le style. Ici, il emporte résolument le lecteur dans la frénésie des corps, un désir incontrôlable, « elle veut faire l’amour tout le temps, absolument tout le temps », où les pages embaument les « draps froissés », rougissent de la vision d’un « corps nu dans le soleil des persiennes », et s’ornent de détails érotisés dans leur banalité : « Elle a les lèvres au goût wasabi, lorsque je l’embrasse en sortant d’un restaurant japonais » ; disent la frénésie du désir sans cesse renouvelé, compensant l’inévitable description technique par une forme de romantisme juvénile.
« Elle boit beaucoup. Elle fume, clope sur clope. Elle a une manière de me regarder dans les yeux quand elle fume qui me foudroie le corps de manière extrêmement douloureuse. J’ai mal tant j’ai envie d’elle., tant je brûle de la renverser sur un lit, de défaire le bouton de son pantalon et d’approcher ma bouche de ce qui m’émerveille. Elle pose une main sur ma nuque, quand je caresse son sexe avec ma langue, elle imprime un mouvement qui part de ses hanches et qui me donne le tournis, qui fait valdinguer tout le décor autour. »

Et le rythme enfin. La première partie de Ça raconte Sarah est haletante. D’un halètement qui est celui de la frénésie amoureuse. Phrases brèves, qui se suivent, s’accrochent, s’entrechoquent, se nourrissent, succession ininterrompue de formes brèves, peut-on mieux faire que sujet-verbe-complément pour désirer ou bien souffrir ? « Elle me téléphone au milieu de la nuit. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Elle dit ça suffit. »

Et puis, enfin, vient l’enlisement. La seconde partie, où l’inspiration fait défaut, se raccroche à des subterfuges lacrymaux (la chimio, moins vulgaire que chez Reinhardt mais tout aussi factice), à une errance convenue, celle du voyage en Italie où, malgré la lumière, qui est plus jolie, et le climat, clément, le cœur subit des tourments stéréotypés. A Trieste, la narratrice a mal, mais elle revit, un peu. Et son Italie devient une carte postale. « Au milieu des façades de toutes les couleurs, la joie, pourtant, ne me quitte pas. Le soleil rebondit partout, traverse chaque ruelle, et la mer, la mer est toujours là, au bout des rues, à l’arrivée de tous les chemins, des sens uniques vers l’odeur d’iode. »

On la laisse là, buvant son latte au Caffé Specchi, oui, ce détail compte, en se disant qu’il y avait dans ce roman un embryon de réussite littéraire. Pour ne pas être déçu, peut-être fallait-il le lire à l’envers ?

Bon à savoir : De Trieste, on ne dira jamais assez que c’est le décor de l’admirable Conscience de Zeno, alternative idéale à ce premier roman de Pauline Delabroy-Allard.

La meilleure rupture ? La conventionnelle individuelle.

Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet

27 Sep

Lu par… Alys

Baby blues

 

 

 

 

Dans une maternité, une femme vient d’accoucher. Épuisée et déprimée, elle tente d’exorciser par un long monologue destiné à sa fille nouvelle née des générations de douleur transmises par les femmes de sa famille. S’y mélangent la maltraitance des femmes pendant et après l’accouchement dans les hôpitaux français, les frustrations et violences vécues et transmises par ses ancêtres féminines, l’indifférence des hommes, tout y passe. Un discours fort, qui dégage une certaine beauté, mais qui s’use un peu à la longue au point de devenir une longue plainte aigrie un peu pénible. Comme la narratrice le dit elle-même : « La haine des femmes épargne les hommes, apprends ça. La preuve dans ces pages. Je ne suis pas au-dessus d’elles. Je suis une connasse occupée à tuer sa mère dans un livre, au lieu d’allaiter, comme si on m’attendait pour écrire Poil de Carotte« .

 

Lu aussi par… Bérénice

Après la pluie le beau temps ?

 

 

 

Quelque part dans une maternité, la pauvre narratrice est épuisée par son accouchement : un bébé a priori bien portant et un placenta, c’est du boulot (ndlr : saviez-vous qu’un placenta déplié fait environ 15 m2, soit la taille d’un grand appartement parisien ?).

Proverbes, dictons, maximes, apophtegmes, ces phrases assassines elle en a plus tant et plus en tête, presque en bouche mais presque seulement, assénées par sa mère, et la mère de sa mère avant, et les mères des autres, et les mères de leurs mères. Elle qui vient d’accoucher de sa fille Adèle (prénom littéraire 2018, suivez la hype en connaissance de cause) s’emploie à déconstruire de manière expresse, avant même de reconstruire son périnée, l’acquis de la transmission. Tuer la mère en elle qui vit, l’autre, les autres.

Depuis ce lit se détisse, on l’espère pour Adèle, l’anti-solidarité, construite dans la lutte et la défiance.

Scandées, ces phrases violentes et perverses parsèment le roman, de manière tellement régulière que c’en est étouffant. C’est pourtant lorsqu’elles se multiplient qu’il prend sa force.

« Tu n’as jamais su rester à ta place. »

« Et moi tu crois qu’on m’a félicitée ? »

« T’en montres trop. »

« Et moi, tu crois qu’on m’a laissée faire ? »

Il y avait là de belles pages de haine. On regrette les incursions dans le présent de l’accouchée, la violence psychologique dont elle tente de se défaire confrontée à la violence physique et à la maltraitance des personnels médicaux. C’est d’actualité mais mal traité, presque grossier dans le procédé, car à part surligner à très gros traits qu’on peut se reconstruire dans l’adversité, voire l’humiliation, rien ici n’est très neuf. Maria Pourchet, précédemment excellemment dotée de moustaches, semble surfer sur une vague qui n’est pas tout à fait le propos de son livre.

Enfin, le séquençage du roman, petits chapitres définis par ces phrases qui la détruisent à petit feu, mais sans lutter, depuis 35 ans, semble artificiel et coupe la lecture. La fluidité instaurée au forceps par les cinquante premières pages dégringole.

Plantez un placenta et économisez l’argent de la psychanalyse.

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