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2008 – 2018 : dix ans de Prix à rebrousse-poil (et autres accessits 2018)

11 Nov

 

C’était une belle fête. Et, comme promis, il y avait du big data et des accessits dans un powerpoint, parce qu’au Prix Virilo on n’a pas peur de l’innovation.

Erratum : il s’agit bien de Sophie Daull

 

Les accessits annoncés précédemment sont .

Le Prix Virilo c’est aussi

DU SUSPENSE

 

DE LA TENSION

 

(DEUX PINTES S’IL VOUS PLAIT)

 

des accessits qu’on a moins assumé.

– L’accessit « déception » du roman qui aurait dû être inter-fessier pour Le sillon, de Valérie Manteau ;

– L’accessit « genou de Claire obscur » du roman qui case une référence WTF à la Nouvelle Vague pour Le bleu du lac, de Jean Mattern, qui parvient à nous parler de Talloire au finish dans un roman qui n’a rien à voir ;

– L’accessit « Yves Duteil » du titre le plus gnagnan pour Prendre un papa par la main, de Tristane Bannon ;

– L’accessit « Alain Minc » du plagiat mal à propos pour Le Fakir 2 de Romain Puertolas :

« Longtemps, Ajatashatru se coucha de bonne heure. »

– L’accessit « Mission Impossible 6 » de la géographie parisienne absurde pour Le malheur du bas d’Inès Bayard où les héros vont de la place Monge à Charonne en passant par le Louvre ;

– L’accessit « Choderlos de Laclos » du meilleur roman épistolaire à financement participatif pour La lettre aux Français, de Gérald Darmanin.

 

Frère d’âme, de David Diop

8 Nov

Lu par… Charlotte

Dérangeant

 

 

 

 

Frère d’âme est le livre que je me sens tenue de raconter d’un point de vue personnel parce qu’il m’a interrogée et, aussi, mise mal à l’aise. Avant d’évoquer mes états d’âme (justement), l’histoire : Alfa Ndiaye est un tirailleur sénégalais venu combattre l’ennemi allemand dans les tranchées de la Grande Guerre. Là, il perd son meilleur ami, son « plus que frère », et cette perte crée la sienne. Il devient fou. Un peu comme tout le monde dans ce contexte bien sûr, mais un peu plus que les autres quand même. Sa marotte : revenir avec une main allemande chaque soir de bataille. Au début, ça impressionne. Il a du cran, le mec. À la septième main tranchée, ça fout les jetons. Le type a clairement un souci. Et le voilà errant, seul dans les tranchées et dans sa tête, à nous faire part de son passé, de son lien avec sa terre, sa famille, ses amis.

 

Au départ, j’étais assez enthousiaste à l’idée de me plonger dans un récit de la Première Guerre mondiale porté par un Sénégalais. C’est idiot (c’est inculte, surtout), mais j’associais les tirailleurs africains à la Seconde Guerre mondiale alors que 135 000 sont tout de même venus se battre en Europe entre 1914 et 1918 (merci Wikipédia). Mais voilà, je me suis un peu ennuyée. Bien sûr, il y a de jolies choses dans le récit, il ne laisse pas indifférent, mais d’abord, je ne suis jamais parvenue à comprendre la folie d’Alfa. Sans attendre de m’identifier à lui, j’ai trop lu l’auteur derrière le personnage et je n’ai pas compris ce qu’il voulait nous transmettre. Alfa est-il fou de base ? Est-ce « la folie des hommes » qui provoque la sienne ? Quels sentiments l’auteur souhaitait-il convoquer chez moi, lectrice ? Vraiment, je ne sais pas trop et ça me fait penser que l’auteur a un peu loupé son coup.

 

Mais c’est surtout le style prêté à Alfa Ndiaye pour s’exprimer qui m’a interrogée. Alfa utilise en effet un vocabulaire à la fois simpliste, quasi enfantin, et très répétitif. On ne compte plus les « le petit soldat ennemi », « le petit soldat aux yeux bleus », « mon plus que frère », « par la vérité de Dieu », « les soldats chocolats ». Certaines phrases passent également pour naïves : « Alors, ce que le capitaine nous a fait faire est très, très laid. » Je n’ai eu de cesse de me poser des questions : est-ce le phrasé réel – bien que traduit car Alfa ne parle pas français – du paysan sénégalais qu’il est ? Est-ce l’interprétation par David Diop du phrasé d’un paysan sénégalais traduit en français ? Accepter ce style tel quel, est-ce parce que je considère que « le paysan africain » (ce grand pays qu’est l’Afrique hein), peu ou pas éduqué, parle ainsi ? Suis-je raciste en fait ?

 

Bref, j’ai eu l’impression de lire ce livre comme une blanche et ça m’a gênée. Trop préoccupée par le fait d’essayer de chercher à comprendre la volonté de l’auteur derrière ce « parler petit N word », je ne suis pas entrée pleinement dans l’histoire, malgré quelques moments de poésie et jolies phrases (« C’est ça la guerre : c’est quand Dieu est en retard sur la musique des hommes, quand Il n’arrive pas à démêler les fils de trop de destins à la fois ») qui donnent envie de passer le bouquin pour demander à d’autres ce qu’ils en pensent à leur tour.

Ceci est une vraie vidéo sur youtube

Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu

7 Nov

Lu par… Lina

Banlieue d’une ville de province

 

 

 

C’est un Zola moderne en moins bien ; c’est pas mal mais ça ne mérite pas une finale.

Flashback Fief rapport à l’ennui en banlieue d’une ville de province (Heillange, ville de hauts fourneaux des années 80 à 98). Le clin d’œil à la coupe du monde 98 pour un roman publié en 2018 est un peu lourdingue, mais l’ensemble est bien écrit.

 

Lu aussi par… Jean-Marc

Bonne pioche avec Pivot

 

 

 

 

David Lopez avait réussi à faire bander Yann Moix avec Fief, en le copiant, Nicolas Mathieu a réussi à pécho Bernard Pivot, qui rapporte bien davantage.

Le reste ici.

Et puis on oubliera

Camarade Papa, de Gauz

5 Nov

Lu par… Anne

Intelligence et grâce

 

 

 

 

Camarade Papa, c’est le papa du petit social-narrateur d’une deux parties du roman bi-goût de Gauz. Parfum d’enfance d’un enfant noir en Hollande que l’on « renvoie » en Afrique, la tête farcie d’idéologie marxiste ; parfum d’exotisme sur les traces du jeune Dabilly qui part chercher l’aventure sur le même continent, alors enjeu de toutes les convoitises occidentales.

Les deux parcours, aux tonalités très différentes, sont vus comme un ressac, l’apport d’un flux dans un sens puis dans un autre, courant chargé de limon qu’il dépose d’une rive à l’autre.

D’un côté, le jeune Dabilly quitte donc son Indre et Loir natal à la fin du 19e siècle, aux décès de ses parents, mu par l’envie d’ailleurs et une sincère curiosité. Il arrive dans ce qui deviendra la Côte d’Ivoire où règne un bon gros bordel. Très vite, on lui signifie que « tout est à inventer, à commencer par nous-mêmes » et c’est indubitablement ce que Dabilly est venu chercher ici. Empreint d’une droiture candide, il navigue entre les différents colons, pas tous bêtes et méchants mais toujours assurés du bien-fondé de leur absurde entreprise. Assez vite, ce sont les autochtones qui retiennent l’attention de Dabilly, qui les observe de manière méticuleuse et bienveillante. Il apprend leur langue, s’épanouit à leur contact et s’éprend d’Adjo « Salgass » (pour « Sale garce », comme l’appellent les Blancs à qui elle se refuse), hiératique princesse Krinjabo qui jette sur lui son dévolu.

La partie de Dabilly est racontée avec un humanisme élégant dans une langue dont le classicisme sobre et travaillé évoque un peu les écrits anthropologiques d’un Théodore Monod.

Le ton de la partie du petit Communiste dont on ne connaît pas le nom est très différent, tout en humour et tendresse. Il faut dire que le petit, biberonné au discours marxiste-léniniste, l’a assimilé sans toujours bien le comprendre. Sa langue maternelle est donc un joyeux mélange de français, d’africanismes et de verbatim communiste, le tout approximativement digéré, donnant naissance à un style revigorant et inventif: « je suis né là. Je connais toutes les vitrines à bisous [les sex-shops] et elles me connaissent toutes. Lors des sorties de la classe populaire, je bonjoure toute la rue. Marko-le-jaloux me chuchote « Klootzak ! » Réaction: tirage automatique de cheveux et lutte de classe. On finit en lacets par terre. Les autres enfants de la classe populaire crient et rient, les maîtresses se follent […]. Marko se trompe : Maman ne vend pas des bisous. Maman est seulement une putain de socialiste, dit Camarade Papa. »

Et c’est ce petit garçon foncièrement multiculturel que l’on envoie en Afrique, dans un pays qui n’est pas le sien, pour renouer avec des origines avec lesquelles il n’a pas grand lien.

Sans vanter « le temps béni des colonies », Camarade Papa est donc un roman qui clame les vertus de l’échange (et non de l’échangisme, ne pas confondre) d’une subtilité dont beaucoup devrait s’inspirer, d’une érudition qui éveille la curiosité, et d’une inventivité langagière réjouissante.

Palmarès 2018

5 Nov

 

Dix ans ! Dix ans que, de blague potache en blague potache, nous achetons des livres, les lisons, et les critiquons. Dix années de travail acharné pour constater, avec une certaine lassitude mais aussi un naïf étonnement, que «la rentrée littéraire, c’est un peu surfait quand même». Le jury reste fidèle à ses principes : être teigneux quand c’est mauvais, porter la moustache et voter «en homme» (on ne sait toujours pas ce que cela veut dire).

Encore une fois cette année, le jury a fait le constat d’un battage médiatique surdimensionné, de l’autosatisfaction germanopratine repue et de ronds de jambe sans fin. Loin d’une autofiction affligeante de mollesse et de compromis, ils étaient quatre en finale :

  • Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (POL)
  • La Grande idée, d’Anton Beraber (Gallimard)
  • Camarade Papa, de Gauz (Le Nouvel Attila)
  • Le syndrome du varan, de Justine Niogret (Le Seuil)

 

LAURÉAT DU PRIX VIRILO 2018

Le meilleur livre de l’année 2018 est donc :

Camarade Papa

de Gauz (Le Nouvel Attila)

 

qui raconte la bêtise du colonialisme et de ses représentants et, parallèlement, la découverte drôlatique de la Côte d’Ivoire par un enfant qui y a ses origines et qui a été biberonné au marxisme léninisme intégriste des années 1970, dont il n’a retenu que quelques formules superficielles et un bel engagement révolutionnaire. Le livre de Gauz se lit avec l’urgence née d’un récit maîtrisé et intelligent, et la grâce d’un style unique et efficace, au service de son histoire. Comme nous, le Nouvel Attila vient de fêter ses dix ans.

 

LAURÉAT DU PRIX « TROP VIRILO » 2018

La rentrée littéraire manque parfois de talent mais jamais de testostérone. Pour récompenser cette giclure excessive, le Prix Trop Virilo a dû départager en finale Jérémy Fel, dont le héros se masturbe pourtant dans un chien mort, et le gagnant

Jean Mattern, pour

Le bleu du lac (Sabine Wespieser)

 

Dans un récit assez tiède, l’irruption de ce héros à la «bite magnifique» s’impose  avec douceur mais autorité, grâce à son personnage qui éjacule deux fois de suite dans son pantalon à la seule écoute d’un concert de musique classique, puis aborde la pianiste objet de son épandage en lui expliquant qu’il a gâté deux pantalons à cause d’elle, et qu’elle lui doit donc bien un repas. Elle accepte bien sûr cette invitation, ce qui lui vaudra par la suite de faire connaissance de ladite « bite magnifique ».

 

Que de surprises avec Brahms

 

Tout comme le Femina, le Virilo tire sa légitimité de son nom. Mais le Prix Virilo, ce n’est pas seulement le meilleur roman de l’année, c’est aussi un empire marketing, notamment une farandole d’accessits sans lesquels le Prix ne serait rien. Une rentrée littéraire, c’est en effet beaucoup d’ennui qu’il faut tromper.

La fête anniversaire de nos dix ans (ce vendredi, venez) sera l’occasion de révéler l’ensemble de nos accessits. Pour tenir durant cette insoutenable attente, en voici quelques-uns :

– Le Prix Pilon de la forêt qui pleure, cuvée Prix Prilon-Paprec© 2018, revient cette année à Jérémy Fel, pour Helena ;

– l’accessit «Fondation Hulot pour la nature, sauvez un arbre, achetez un PDF» de l’autrice qui a déjà reçu le prix pilon mais le mériterait de nouveau est attribué à Christine Angot pour Un tournant de la vie ;

– Le Prix de l’entregent et de l’entrejambe revient à Adrien Bosc pour Capitaine, ses liens familiaux et amicaux avec « Claude » (Lévi-Strauss, pas François !) et ses liens capitalistiques avec les maisons d’éditions ;

– l’accessit Jean d’Ormesson du titre le plus Jean d’Ormesson revient une dernière fois, comme il se doit, à Jean d’Ormesson pour Et moi, je vis encore, paru à titre posthume ;

– l’accessit «La gloire de mon père, le château de ma mère, les lauriers de mon frère, les secrets de ma cousine et les talents de ma belle-sœur» du récit pas forcément documenté ni intéressant sur un membre de sa famille revient collectivement à Laurent Seksik, Olivia de Lamberterie, Robert Badinter, Vanessa Schneider, Elisabeth de Fontenay, Michaël Ferrier, etc., et à l’ensemble de la rentrée littéraire 2018.

 

Retrouvez tous les autres accessits, du big data sous forme graphique, de l’alcool et de la mauvaise foi à la soirée anniversaire qui se tiendra le vendredi 9 novembre à partir de 19 h au Chai d’Adrien, 39 boulevard du Temple à Paris – RSVP. Le Prix sera remis à 20 heures.

Vous pouvez suivre l’événement sur notre page Facebook : https://www.facebook.com/leprixvirilo

Du big data sous forme graphique et plein de surprises avec les accessits !

Les aventures de l’infortuné marrane Juan de Figueras, de Jean-Pierre Gattégno

4 Nov

Lu par… Bérénice

Moustache lasse

 

 

 

Pastiche du roman d’aventure et de morale, quelque part entre Don Quichotte et Les petites filles modèles, Les aventures (etc.) suivent un fils de marrane, persuadé d’être un vrai catholique, faisant face à la pingrerie de l’Eglise catholique et à la traîtrise du monde. Les chapitres sont annoncés dans le style classique de ce genre de littérature : « Chapitre III Comment Hernano me força à mendier. La honte que j’éprouvais à tendre ma sébile aux passants. »

Pour le reste, on préfère lire Trois hommes dans un bateau (même s’il y a un chien) ou Le club des 5 (si vous aimez les chiens).

 

Ce ne sont pas les marranes que vous cherchez

Le sauvetage, de Bruce Bégout

4 Nov

Lu par… Alys

Silence

 

 

 

 

Leo Van Breda est un père franciscain, qui, en 1938, décide de sauver l’oeuvre monumentale d’Edmund Husserl (pour ceux qui ont trop séché leurs cours de philo, E. Husserl est un philosophe, fondateur de la phénoménologie). En effet, l’oeuvre est de plus en plus menacée de destruction du fait des origines juives de son auteur.

Eclaircissons tout de suite un point fondamental : on a rien contre l’ascétisme et la rigueur monastique, qui peuvent grandement soulager, notamment un lendemain de réunion du Prix Virilo. On a rien non plus contre la philosophie, qui peut parfois donner lieu à de bons mots et à des accessits fleuris. Mais là, ça tourne un peu au supplice : un moine, l’Allemagne de 1939 et 40 000 pages de philo.

Du coup on s’emmerde royal. L’auteur cherche à nous mettre une espèce de tension avec la Gestapo qui part à la recherche de l’auteur, mais ça ne prend pas vraiment. Par contre c’est bien documenté. Forcément, Bruce est spécialiste d’Husserl. C’est dommage qu’il ne parvienne pas à nous emmener dans son récit. Qu’il écrive donc des thèses, pas des romans.

On a rien contre les Jésuistes mais il faut avouer que c’est souvent chiant.

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