Frère d’âme, de David Diop

8 Nov

Lu par… Charlotte

Dérangeant

 

 

 

 

Frère d’âme est le livre que je me sens tenue de raconter d’un point de vue personnel parce qu’il m’a interrogée et, aussi, mise mal à l’aise. Avant d’évoquer mes états d’âme (justement), l’histoire : Alfa Ndiaye est un tirailleur sénégalais venu combattre l’ennemi allemand dans les tranchées de la Grande Guerre. Là, il perd son meilleur ami, son « plus que frère », et cette perte crée la sienne. Il devient fou. Un peu comme tout le monde dans ce contexte bien sûr, mais un peu plus que les autres quand même. Sa marotte : revenir avec une main allemande chaque soir de bataille. Au début, ça impressionne. Il a du cran, le mec. À la septième main tranchée, ça fout les jetons. Le type a clairement un souci. Et le voilà errant, seul dans les tranchées et dans sa tête, à nous faire part de son passé, de son lien avec sa terre, sa famille, ses amis.

 

Au départ, j’étais assez enthousiaste à l’idée de me plonger dans un récit de la Première Guerre mondiale porté par un Sénégalais. C’est idiot (c’est inculte, surtout), mais j’associais les tirailleurs africains à la Seconde Guerre mondiale alors que 135 000 sont tout de même venus se battre en Europe entre 1914 et 1918 (merci Wikipédia). Mais voilà, je me suis un peu ennuyée. Bien sûr, il y a de jolies choses dans le récit, il ne laisse pas indifférent, mais d’abord, je ne suis jamais parvenue à comprendre la folie d’Alfa. Sans attendre de m’identifier à lui, j’ai trop lu l’auteur derrière le personnage et je n’ai pas compris ce qu’il voulait nous transmettre. Alfa est-il fou de base ? Est-ce « la folie des hommes » qui provoque la sienne ? Quels sentiments l’auteur souhaitait-il convoquer chez moi, lectrice ? Vraiment, je ne sais pas trop et ça me fait penser que l’auteur a un peu loupé son coup.

 

Mais c’est surtout le style prêté à Alfa Ndiaye pour s’exprimer qui m’a interrogée. Alfa utilise en effet un vocabulaire à la fois simpliste, quasi enfantin, et très répétitif. On ne compte plus les « le petit soldat ennemi », « le petit soldat aux yeux bleus », « mon plus que frère », « par la vérité de Dieu », « les soldats chocolats ». Certaines phrases passent également pour naïves : « Alors, ce que le capitaine nous a fait faire est très, très laid. » Je n’ai eu de cesse de me poser des questions : est-ce le phrasé réel – bien que traduit car Alfa ne parle pas français – du paysan sénégalais qu’il est ? Est-ce l’interprétation par David Diop du phrasé d’un paysan sénégalais traduit en français ? Accepter ce style tel quel, est-ce parce que je considère que « le paysan africain » (ce grand pays qu’est l’Afrique hein), peu ou pas éduqué, parle ainsi ? Suis-je raciste en fait ?

 

Bref, j’ai eu l’impression de lire ce livre comme une blanche et ça m’a gênée. Trop préoccupée par le fait d’essayer de chercher à comprendre la volonté de l’auteur derrière ce « parler petit N word », je ne suis pas entrée pleinement dans l’histoire, malgré quelques moments de poésie et jolies phrases (« C’est ça la guerre : c’est quand Dieu est en retard sur la musique des hommes, quand Il n’arrive pas à démêler les fils de trop de destins à la fois ») qui donnent envie de passer le bouquin pour demander à d’autres ce qu’ils en pensent à leur tour.

Ceci est une vraie vidéo sur youtube

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