Les belles ambitieuses, de Stéphane Hoffmann

15 Oct

Lu par… Jean-Marc

Lissées avec soin par votre barbier, Boulevard de la Reine

 

 

 

 

Roman élégant et paresseux, Les Belles Ambitieuses se lit sans déplaisir mais s’oublie vite. Il y est question d’Amblard Blamont-Chauvry, né à Versailles, dans ce roman tout le monde l’est, c’est une chance et une tare, époux d’Isabelle Surgères, les Versaillais se trouvent, les énarques s’épousent, et de Coquelicot, pas diplômée, elle, victime d’ostracisme social, mais insurpassable au lit et qui finit par s’imposer, au personnage principal et au lecteur comme le seul être supportable de cette galerie de portraits hors d’âge. Stéphane Hoffmann réussit à bien écrire ce simulacre d’une France des élites qui, de Pompidou à Chirac, court après les prébendes, jouit de son entre-soi et noue des alliances convenues, sans hypocrisie superflue.

« Isabelle Surgères ne me revoit pas pendant dix jours, mais elle me revoit. Un genou à terre, des paquets plein les bras, dans un appartement fleuri comme une chapelle funéraire. Elle croit m’avoir dompté, je crois l’avoir achetée, nous nous trompons l’un et l’autre, mais avec une bonne humeur qui ressemble à de l’ardeur, c’est-à-dire à l’amour. »

Le modèle sans doute est celui de L’Education sentimentale. Amblard Blamont-Chauvry, ABC d’un monde versaillais qui s’étiole, rate consciencieusement sa vie et, au fil des pages, s’en accommode fort bien, finit par le revendiquer et même y prendre grand plaisir. Mais ici, le ratage est le refus convaincu, affirmé, de l’ascension sociale telle qu’elle est promise à ces collectionneurs de diplômes et de prestige, entre ENA, cabinets ministériels, carrières politiques, mondanités diverses. L’écrivain joue aux Pinçon-Charlot, avec une touche de légèreté dans l’écriture qui, au fond, est parfaitement versaillaise.

« Ils se considèrent comme l’élite du pays et ne se passionnent vraiment que pour l’esprit de corps, l’éparpillement, l’accumulation des avantages et des privilèges. Leur intelligence accentue leurs défauts. Aptes à comprendre, surtout aptes à prendre. Tout leur est dû. Fascinés d’eux-mêmes, engagés dans cette course aux honneurs, à laquelle j’ai renoncé, ils se mesurent depuis leur jeunesse. »

La thèse de la noblesse d’Etat n’est pas neuve, ce roman la décrit à petites touches, brossant trois décennies de mouvements -et reniements- politiques, de déceptions, de postes convoités, obtenus, d’ambitions détestables (Isabelle quittera son mari, bien sûr, car trop médiocre), sans pourtant qu’on s’y attache. La fresque manque d’ampleur, la critique sociale de conviction. Au fond, ce roman pourrait être écrit par un énarque, pour son vernis. Mais lu par toute personne qui fredonne ou craint d’entendre « Ah ! Ca ira » en se rasant le matin.

 

Autre classique

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